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L’épidémie de Covid-19 : un séisme sanitaire et systémique mondial

L’épidémie de Covid-19 : un séisme sanitaire et systémique mondial

À ce jour, la menace du Covid-19 semble se dissiper dans les pays européens. Mais l’épidémie est très active dans d’autres régions du monde. Dans le contexte actuel de forte incertitude scientifique et médicale, le plus probable est que l’épidémie de Covid-19 reste présente durablement.

Face à la menace sanitaire, et suite à leur impréparation, les gouvernements, dans l’hémisphère Nord notamment, ont mis en place des mesures exceptionnelles. Plus de trois milliards de personnes ont été soumises à un confinement partiel ou total. Aujourd’hui, la crise est caractérisée par la gravité de la situation sanitaire, mais aussi par des conséquences économiques, sociales et politiques. Perturbation de l’économie mondialisée, arrêt des chaînes de production et d’approvisionnement, chômage, hausse de la précarité, tensions politiques… : des répercussions qui pourraient s’aggraver lorsque les politiques de soutien des États et des institutions internationales diminueront.

La crise du Covid-19 est-elle un épisode brutal, mais passager, qui sera suivi d’un retour rapide à la « normale » ? Où va-t-elle entraîner un ébranlement et une mutation de l’économie mondiale, ainsi que des systèmes politiques et sociaux ?

L’association Futuribles International a poursuivi sa réflexion en vue de proposer des scénarios d’évolution de la crise dans les 18 prochains mois (horizon fin de l’année 2021), que ce soit au plan mondial, européen ou français.

Dans un premier temps, Futuribles retient des tendances ou incertitudes structurantes

  • Le pic pandémique mondial reste à venir, la circulation du virus est possible jusqu’en 2024

Contrôlée dans certaines aires géographiques, la pandémie progresse dans le monde.

La disponibilité de vaccins ou de traitements efficaces dans les 18 mois est incertaine. Le virus pourrait donc circuler de manière significative jusqu’en 2024.

  • La stratégie radicale de confinement massif ne devrait pas être reconduite ; les mesures de gestion sanitaire devraient donc être plus hétérogènes, et intégrer davantage les dimensions économiques et sociales locales.
  • Tous les pays seront touchés par la crise économique, et des crises humanitaires de grande ampleur sont très probables en Afrique, en Inde et dans des pays voisins, ainsi qu’en Amérique du Sud. Des « sur-crises » sont à craindre dans certains États ou régions (crise climatique et agricole, politique ou militaire). La solidarité mondiale devrait alors être fortement interpellée.
  • L’effondrement de certains marchés internationaux et des chaînes de valeur mondiales engendre un risque de crise systémique. Certains marchés pourraient ne pas reprendre à l’horizon 2021, tourisme notamment. La chute du marché des hydrocarbures fragilise le secteur bancaire et les opérateurs financiers. Une crise financière systémique est possible en 2021.
  • La situation des États-Unis est très instable et source d’incertitudes majeures.

Ils connaissent une situation sanitaire, mais aussi économique, sociale et politique, inquiétante. Qu’en sera-t-il de la bonne tenue des élections en novembre 2020, et de l’acceptation de leur résultat en cas de score serré ? Sur le plan géopolitique, les Américains se retirent d’un certain nombre d’institutions internationales et de zones de conflit.

Un affaiblissement durable des États-Unis aurait des impacts sur divers registres.

  • En Chine, la situation semble, à ce jour, sous contrôle ; le pays pourrait s’imposer comme un des leaders de la gestion du Covid-19. La Chine pourrait exercer une emprise croissante sur l’élaboration de normes internationales dans les domaines sanitaire, environnemental ou numérique, de même que par l’affirmation de son emprise régionale.
  • Il y aura des tensions entre la volonté de renforcer les souverainetés nationales et celle de relancer au plus vite l’économie mondiale.
  • L’Union européenne, au pied du mur, est à un tournant majeur de son histoire : vers le délitement ou le fédéralisme ? L’avenir d’un possible fédéralisme européen devrait pour partie se décider durant l’été 2020, et se cristalliser autour du débat sur le plan de soutien et de relance proposé par la Commission européenne.
  • Pour ce qui concerne la France, les résurgences épidémiques dans des « clusters critiques » sont très probables. Mais un nouveau confinement généralisé semble peu crédible. La gestion des nouveaux foyers épidémiques nécessitera des coordinations plus poussées entre acteurs, et des comportements individuels très responsables. Une question centrale portera sur la protection des personnes âgées, fragiles et en situation de grande précarité.
  • La gestion de la crise sanitaire a accentué la fracture générationnelle.

La gestion socialisée de la crise sanitaire a permis de préserver les personnes les plus vulnérables et, d’abord les personnes âgées, qui n’ont par ailleurs dans leur grande majorité pas souffert de perte de revenus pendant le confinement. En revanche, les jeunes, confrontés à un risque moindre ont, souvent, subi de plein fouet le choc économique, social, psychologique du confinement. Quelles politiques pour une jeunesse fortement fragilisée ?

  • Après la période d’hibernation économique liée au confinement et les mesures de soutien de l’État, la fragilité du tissu économique français pourrait susciter des crises en cascade qui réinterrogeront la place de l’État dans l’économie. Quels soutiens aux entreprises ? sous quelles conditions ? S’étant posé en soutien de l’économie défaillante, l’État sera considéré comme responsable en cas de crise économique importante.
  • La crise a provoqué la déstabilisation de plusieurs institutions publiques déjà fragilisées (éducation, santé, justice, sécurité). Quelles sont leurs capacités de renouvellement ?
  • La conjonction d’une précarité sociale accrue, d’un sentiment de non-équité croissant, d’une défiance envers le politique peut conduire à un climat social de plus en plus tendu.
  • L’action publique s’est adaptée sous contrainte et dans l’urgence : vers une refonte de ses modalités autour de la proximité et des coopérations entre acteurs ?
  • La crise joue un rôle d’accélérateur des transformations des modes de vie. Va-t-on vers un accroissement des départs des métropoles et une augmentation durable du travail à distance ?

Au regard de ces constats et perspectives, Futuribles propose quatre scénarios à l’échelle mondiale, trois à l’échelle européenne et quatre à l’échelle française.

A l’échelle du monde

• Une  nouvelle guerre froide

Accentuation des tensions sino-américaines.

Situation sanitaire sous contrôle dans les pays développés, moins dans les autres.

D’où une structuration de zones d’influence autour des deux « Grands ». Des institutions multilatérales de plus en plus affaiblies. L’Union européenne contrainte de choisir son camp.

• Un monde multipolaire

Une situation sanitaire durablement hétérogène à l’échelle mondiale. Un contexte troublé qui engendre des perturbations majeures, durables du commerce mondial. Coopérations économique et politique renforcées entre des pays aux situations sanitaires comparables. Régionalisation des chaînes de valeur, atténuant la polarisation du monde autour des tensions sinoaméricaines.

• Le retour aux affaires

Epidémie contrôlée grâce aux mesures sanitaires, traitements et vaccins. Priorité à la relance de l’économie selon les modalités de l’avant-crise. Une solidarité internationale s’organise pour aider les pays les plus en difficulté. L’ordre international pré-crise se maintient.

La prise en compte collective des enjeux sanitaires et écologiques est renforcée au sortir de la crise.

Les âges sombres

Tous les indicateurs sont au rouge. L’épidémie, non contrôlée à l’échelle internationale, entraîne une situation sanitaire catastrophique. En réaction, les États se ferment et le commerce international est profondément perturbé. Les chaînes d’approvisionnement sont rompues, notamment dans l’agroalimentaire, d’où de nombreuses pénuries dans les pays importateurs, particulièrement ceux dépendants de la rente pétrolière ou gazière. Les crises sociales et humanitaires se multiplient dans un contexte de sauve qui-peut généralisé.

Pour une Union européenne à la croisée des chemins : un moment historique

• L’enlisement

Contexte sanitaire dégradé en Europe, des résurgences de l’épidémie à l’automne 2020 et l’hiver 2021. Les situations hétérogènes des pays les font privilégier l’intérêt national. Frontières fermées, plan de relance proposé par la Commission qui n’est pas à la hauteur des ambitions initiales, mouvements sociaux anti-européens et antisystèmes dans de nombreux pays. Les divergences s’accentuent et sonnent le glas de l’Union.

• Des coopérations sélectives

Les pays européens, soumis à la reprise de foyers épidémiques, réagissent en ordre dispersé. Mais, les États membres les plus touchés par la crise et les plus désireux de maintenir une coopération européenne, passent outre les oppositions de certains pour se coordonner. Pas d’unanimité sur le plan de relance européen, mais l’Allemagne et la France promeuvent la solidarité avec un cercle restreint de pays. Courant 2021, des plans de relance ciblés par secteurs se coordonnent : construction aéronautique, filière automobile, industrie pharmaceutique et produits de santé.

• Vers le fédéralisme

Approfondissement des coopérations au sein de l’UE. Des problématiques inédites apparaissent pour l’Europe : homogénéiser les stratégies de gestion de l’épidémie (périodes de confinement, ouverture des frontières, tests, etc.), soutenir les pays moteurs les plus à risque pour éviter l’effondrement de tous. La coordination sanitaire se met en place, et les frontières entre pays à situations sanitaires similaires s’ouvrent à l’été 2020.

Pour l’économie, des plans sont mis en œuvre, un fonds de relance commun, alimenté par un emprunt de la Commission européenne sur les marchés financiers. La confiance dans les institutions européennes s’en trouve renforcée. En parallèle, l’Union renforce le fédéralisme, crée des taxes carbone et numérique à ses frontières, et développe ainsi de nouvelles ressources.

Pour la France

• Dislocation

Epidémie présente en continu jusqu’à fin 2021, ce qui justifie des mesures drastiques : confinements territorialisés, mesures de surveillance, tests de dépistage, contraintes fortes aux déplacements, etc.

Après une année 2020 catastrophique, l’économie repart en dents de scie en liens avec la situation sanitaire. Les entreprises flexibilisent au maximum l’emploi.

La précarité s’accroît fortement. Le sentiment d’injustice également. La politique de relance économique à tout prix, sans priorité donnée ni au maintien du pouvoir d’achat ni à l’écologie entraînent des mouvements de contestation radicaux et violents, qui peuvent s’unifier. Face à ce climat, l’État de son côté renforce la gestion du maintien de l’ordre.

• Sur le fil du rasoir : poursuite des tendances actuelles

L’épidémie, globalement contrôlée, ré émerge périodiquement ici ou là. D’où des politiques sanitaires différenciées.

La priorité du gouvernement est à la relance économique, selon des modalités classiques, des plans de soutiens aux filières les plus touchées. La dimension écologique est quasi absente des dispositifs ou reste cosmétique. Priorité au maintien de l’emploi, des revenus, de la consommation. Certains secteurs (tourisme, aéronautique, etc.) souffrent de la crise. Chute du PIB de 10 % à 12 % en 2020, reprise faible en 2021 (+ 4 % à 6 %). Les ménages restent prudents. Climat social morose, des mouvements sociaux peu structurés. On cherche avant tout à conserver ce qu’on a.

• Green New Deal

Sortie de crise par le haut. La crise sanitaire devient une opportunité de s’engager dans une transition écologique et sociale d’ampleur. La chute du PIB de 12 % à 15 % impose une recomposition profonde du tissu économique. Plan de relance à l’automne 2020 pour favoriser une économie verte et durable. Des investissements publics massifs programmés. Regain d’optimisme dans la population. Reconfigurations de l’action publique au bénéfice de la coordination des acteurs locaux.

• Grandes dépressions

Scénario du repli. Situation sanitaire non stabilisée. Rebonds épidémiques chroniques, débordements fréquents du système de soins. Des pans économiques entiers sinistrés. Chute du PIB de 12 % à 15 % en 2020, stable en 2021. Faillites d’entreprise et explosion du chômage. L’économie informelle devient un filet de sécurité essentiel.

Le climat social se délite : perte de confiance dans l’avenir, méfiance envers l’État, mécontentements  divers (chômage, absence de transition écologique, etc.). État de plus en plus impuissant, le système de protection sociale est sous tension.

Source : https://www.futuribles.com/fr/

La Fondation Après-Tout soutient un projet engagé par la Fédération des Acteurs de la Solidarité

La Fondation Après-Tout soutient un projet engagé par la Fédération des Acteurs de la Solidarité

Accompagnement des professionnels du social dans la crise et « l’après »

La Fondation Après-Tout soutient un projet engagé par la Fédération des Acteurs de la Solidarité Auvergne-Rhône-Alpes (FAS), qui fédère une centaine de structures sociales et médico-sociales œuvrant dans le champ de la lutte contre les exclusions et accompagnant les personnes les plus démunies, à travers accueil, hébergement, insertion professionnelle et sociale, accès au logement, à la santé et à l’emploi.

Les bénéficiaires de ce projet : les professionnels de ces secteurs

Le but est de maintenir la qualité de l’accompagnement offert aux bénéficiaires malgré les difficultés engendrées dans la période de pandémie et de confinement. En effet, comment – dans cette séquence inédite – maintenir le lien malgré le confinement, gérer les décompensations et difficultés sociales, mettre en place de nouveaux outils et méthodes pour accompagner les personnes dans leur parcours malgré les freins (fracture numérique par exemple) ou encore assurer une continuité d’activité malgré leurs propres angoisses ?

Le projet vise à appuyer les professionnels dans leur mission quotidienne tout au long de la crise, mais également à anticiper avec eux « l’après ».

L’objectif premier de ce projet est de soutenir les accompagnants, de préserver leurs ressources internes, et ainsi de favoriser l’émergence et l’essaimage de solutions innovantes et résilientes.

Il a donc été mis en place des cycles d’échanges de pratiques à distance inter-structures animés par des intervenants extérieurs psychologues et formateurs.

Après deux premières séances réalisées pour tester plate-forme de visio-conférence et format et un bilan très positif pour les professionnels présents, le projet est donc devenu opérationnel et ce sont quatre séances qui auront lieu en juin, juillet, septembre et octobre 2020.

Trois groupes de huit professionnels (assistants sociaux, éducateurs, intervenants sociaux dans les structures visées plus haut) seront concernés et s’engagent sur la durée de l’opération.

Les résultats attendus

▪ L’échange des outils et pratiques mis en place pour parvenir à maintenir le lien et l’accompagnement à distance ;

▪ L’anticipation du déconfinement : les points de vigilance à observer ;

▪ L’identification des outils et méthodes pour prévenir les ruptures de lien, les situations d’incuries des personnes fragilisées et isolées, promouvoir les gestes barrières ;

▪ la mise en place d’un espace de parole et de soutien pour les professionnels.

C’est sur toute cette partie de l’action que s’est engagée la Fondation Après-Tout ; elle sera suivie d’autres phases visant à mettre en place des webinaires thématiques, une capitalisation des échanges avec des enregistrements de moocs, et des accompagnements d’équipes volontaires.

Le confinement, un miroir grossissant du monde

Le confinement, un miroir grossissant du monde

« Décidez maintenant ce que vous ferez après ! »

Ingmar Granstedt

Que ferons-nous à la sortie du confinement et à la reprise des activités ? Repartir « comme avant », simplement soulagés, serait se boucher les oreilles et fermer les yeux sur ce qui s’est passé. Car au-delà des peurs, des souffrances, des pertes de proches et d’amis, cette catastrophe sanitaire mondiale n’est-elle pas un révélateur tragique de ce que nous sommes en réalité ? Les pages qui suivent invitent à y réfléchir, puis à se poser en conscience, pour soi-même, quelques questions décisives à partir de ce que chacun aura vécu au cours de ces mois. De là dépend ce que sera notre avenir commun.

Ce texte vous est donc proposé comme un outil pour la réflexion personnelle et non pas comme un document à débattre avec l’auteur.

Le confinement, un miroir grossissant du monde

Texte complet à télécharger

Ingmar Granstedt, 73 ans, a été socio-économiste. Ses publications ont porté sur les enjeux humains de la société industrielle et de son évolution. Il a aussi publié sur Etty Hillesum.

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COVID-19 : soutien psychologique et spirituel auprès de tous

COVID-19 : soutien psychologique et spirituel auprès de tous

Lors de l’audioconférence réunissant les représentants des cultes en France avec Emmanuel Macron le 23 mars 2020, l’idée de mettre en place « des plateformes téléphoniques d’écoutes psychologiques et spirituelles » a été accueillie favorablement au sommet de l’Etat. Mais l’exécutif craignait que la mise en place d’un nouveau numéro vert dédié à l’accompagnement spirituel puisse impacter la visibilité du numéro national d’information (le 0 800 130 000).

Aussi l’Etat a décidé d’intégrer dans les services du numéro national la possibilité pour chaque personne d’être redirigée vers une plateforme gérée par le culte de son choix dès lors qu’elle existe. Cela n’empêche pas pour autant chaque religion de communiquer une ligne directe auprès de leurs fidèles tant qu’elle ne se substitue pas au numéro national pour des informations d’ordre générale liées au Covid-19.

Ainsi, à ce jour, six cultes ont lancé leur plate-forme :

et plus précisément :
L’ensemble des associations juives a mis en place une plateforme d’écoute téléphonique gratuite pour les professionnels et le public. Cette plateforme est complémentaire des initiatives qui existent à l’échelle nationale.
Face à la crise sanitaire causée par l’épidémie du Covid-19 en France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a lancé, dès le lundi 30 mars, une permanence téléphonique accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 afin de permettre aux malades du coronavirus et à leurs proches de confession musulmane de bénéficier d’une assistance psychologique et spirituelle, avec le concours étroit de l’aumônerie musulmane hospitalière.
Tel : 01 45 23 81 39 (Ligne directe)
Mail de contact : cfcm.covid19@gmail.com
L’Eglise catholique, quant à elle, a mis en place une ligne spéciale, réservée aux malades du coronavirus et à leurs proches pour pouvoir bénéficier d’une écoute attentive et d’une assistance psychologique et spirituelle. Les plages horaires vont de 8h à 22h, sept jours sur sept.
Les numéros verts habituels au service de la population pour des situations d’urgence restent toujours actifs et utilisables sept jours sur sept.

En France, le Conseil national de l‘Ordre des médecins se mobilise contre le COVID-19

En France, le Conseil national de l‘Ordre des médecins se mobilise contre le COVID-19

Mobilisation de l’ensemble du corps médical

Depuis plusieurs semaines, l’ensemble du corps médical est pleinement mobilisé aux côtés des patients et des pouvoirs publics pour faire face à la grave crise sanitaire que nous traversons. L’Ordre des médecins salue leur dévouement et leur sens de la responsabilité collective. A l’hôpital, dans leur cabinet ou au domicile de nos concitoyens, ils font chaque jour l’honneur de la profession.

L’Ordre sait les difficultés auxquelles les médecins font face. Les questions qu’ils se posent sont nombreuses, face à une situation inconnue et qui évolue tous les jours. Dans ces circonstances, il se tient à leurs côtés pour répondre à toutes leurs questions, dans leurs départements comme au niveau national.

Retrouvez en direct les informations actualisées quotidiennement concernant le coronavirus Covid-19.

Première évaluation d’ensemble des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA)

Première évaluation d’ensemble des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA)

Par lettre de mission du 5 avril 2018, la garde des sceaux, ministre de la justice et la ministre des solidarités et de la santé ont confié à la cheffe de l’inspection générale des affaires sociales et au chef de l’inspection générale de la justice une mission conjointe relative à l’évaluation de la première tranche des UHSA en vue de l’installation d’une seconde tranche.

Que sont les UHSA ?

Les unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), créées par la loi d’orientation et de programmation pour la justice (LOPJ) du 9 septembre 2002, sont des unités de soins qui accueillent des personnes détenues des deux sexes, mineures et majeures souffrant de troubles psychiatriques et nécessitant une hospitalisation avec ou sans leur consentement. Elles sont toutes implantées dans des établissements publics de santé mentale et enserrées par une enceinte pénitentiaire.

Objectifs de la mission

La mission a visité l’ensemble des UHSA en activité et a conduit des entretiens tant avec les équipes soignantes et pénitentiaires qui travaillent au quotidien dans ces structures, avec des patients détenus hospitalisés dans ces unités comme avec les acteurs de leurs environnements institutionnels.

Quelques conclusions

Outre les variations des profils cliniques la mission a relevé la grande hétérogénéité d’organisation et de fonctionnement des unités liée tant aux projets médicaux qu’aux particularités locales. L’absence de pilotage territorial et national, conduit à exclure les patients des UHSA des parcours de soins ou induit des admissions inappropriées. Alors qu’elles étaient très attendues, les prises en charge des urgences constituent plus l’exception que la règle.

Dix-huit recommandations

À l’issue de ces investigations, 18 recommandations ont été formulées par la mission conjointe. Avec au cœur, la nécessité de mener un exercice de planification des futures UHSA dans une double perspective d’amélioration du parcours de soins du patient-détenu et d’inscription dans une offre graduelle de soins psychiatriques de droit commun. Cette approche devrait s’accompagner d’un engagement dans une démarche de certification des UHSA par la Haute autorité de santé (HAS). Cette démarche pourrait partir d’une confrontation des pratiques professionnelles et d’une réflexion sur leur possible harmonisation dans le cadre d’une conférence de consensus réunissant les acteurs concernés, sanitaires, judiciaires et pénitentiaires.

Pour aller plus loin

Le texte complet du rapport

Les annexes du rapport
Une note de lecture sur le dernier livre de Cynthia Fleury

Une note de lecture sur le dernier livre de Cynthia Fleury

Recension rédigée par Alain Chalochet

Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme, Gallimard, 2019, 70 pages, 3,90 euros.

Cynthia Fleury, est philosophe et psychanalyste. Professeur titulaire de la Chaire « Humanités et Santé » au Conservatoire national des arts et métiers, et professeur associé à l’École nationale supérieure des mines de Paris. En 2016, elle a fondé la chaire de philosophie à l’hôpital, au GHU Hotel Dieu de Paris et Sainte-Anne. Elle a exercé dans la cellule d’urgence médico-psychologique du SAMU de Paris. Elle est membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), et siège aussi au comité scientifique du Haut Conseil des biotechnologies.

Cynthia Fleury a notamment publié La Fin du courage : la reconquête d’une vertu démocratique (2010), Les Irremplaçables (2015) et Dialoguer avec l’Orient : retour à la Renaissance (2016).

On est surpris de commencer la lecture par la description de groupes de Gilets jaunes sur des ronds-points, et une citation de Marx ; mais c’est pour nous rappeler que « du souci de soi au souci de l’Etat de droit, tel est le chemin éternel de l’humanisme » et que « quand la civilisation n’est pas soin elle n’est rien ». 

Pour l’auteure, « le soin est le propre de l’homme ». Encore une surprise, c’est à partir de la formule de Jean-Paul Sartre, « l’existentialisme est un humanisme », que la démonstration commence. Pour lui, l’homme existe d’abord, se rencontre et se définit ensuite, et au final « il n’est rien d’autre que ce qu’il se fait ». Il est responsable de lui-même, mais aussi de tous les hommes, et notre humanité engage l’humanité entière. L’homme érige son humanité en façonnant le monde. Il y a là un véritable engagement éthique de l’homme, et prendre soin de quelqu’un c’est l’emmener vers son autonomie.

C. Fleury montre comme la vulnérabilité est liée à l’autonomie, et elle plaide pour sa reconnaissance en tant que telle, de manière positive et utile. L’objectif doit être de mettre en place des manières d’être  « aptes à faire face à la fragilité pour ne pas la renforcer, voire pour la préserver, au sens où cette fragilité peut être affaire de rareté, de beauté, de sensibilité extrême ».

L’idée forte est celle d’irremplaçabilité des personnes, développée dans un autre livre par l’auteure. Elles sont irremplaçables parce que chacune d’entre elles est exceptionnelle, et que si l’individualisme contemporain entraine bien des conséquences néfastes, la reconnaissance de tout individu en tant qu’être particulier, avec la liberté qu’il porte et avec son engagement sont nécessaires à la démocratie.

Il y a là une nécessité pour faire face aux pressions actuelles de la rationalisation économique, de la technologie, qui, pour C. Fleury,  sont – dans le cas de l’hôpital – à la source de la crise vécue aussi bien par les soignants que par les soignés.

Pour cela, et pour rester humain, il faut donc oser penser, dans ce domaine de notre vie comme dans d’autres.

Mais attention : penser c’est bien sûr penser soi-même, mais ça ne prend toute sa valeur que quand c’est fait en se confrontant aux autres.

C’est bien le but recherché dans le lien entre humanités et santé, que porte le titre de la chaire de C. Fleury. Et pour l’auteure, c’est tout l’intérêt assigné à un lieu tel que cette chaire, ainsi qu’à d’autres éventuellement de formes différentes. Le recours aux diverses disciplines des humanités doit permettre d’aider les patients à « développer une puissance d’invention de nouvelles normes de vie, qui ne sera pas le retour à l’état antérieur » à la maladie. Avec le regret que cette dimension capitale ne soit pas plus présente du fait de la faible place faite aux humanités dans la formation des soignants.

Pourtant, le soin à l’hôpital ne doit pas être une chose donnée à des malades par des soignants qui savent ; il ne peut l’être que dans le cadre d’un partage dans une alliance dialectique avec le patient au centre. Bien des évolutions ne sont pas favorables à une telle prise en compte des individus et de leur expression : C. Fleury cite là l’état de droit de manière générale, la maladie certainement, la part croissante de la technique aussi.

Mais, fait encourageant à constater, le développement ces dernières années de l’éducation thérapeutique qui suppose une réflexion partagée, ou le rôle du patient-expert.

Justement, C. Fleury accorde une mention particulière à la maladie chronique et à son traitement. En effet, la médecine permet souvent aujourd’hui au patient de conserver la vie, mais avec un suivi à long terme, et si « la maladie n’a pas basculé du côté de la mort mais du côté de la vie », le patient doit vivre avec un mal, « et un mal qui vit ».

Ceci la conduit à demander que les professionnels du soin, notamment médecins, gardent en mémoire « qu’il n’y a pas de maladies mais seulement des sujets qui tombent malades ». Une exhortation dont on mesure l’importance avec la spécialisation qu’on rencontre dans des services hospitaliers universitaires, qui peut conduire justement à s’intéresser plus à la maladie qu’au malade.

Le développement des traitements en mode ambulatoire, recommandé aux hôpitaux pour des motifs budgétaires, et souvent pour répondre au désir des malades, vient encore renforcer la nécessité de mettre le patient en condition de jouer dans ce traitement un rôle actif, d’agent, d’acteur du traitement.

Comme dans la 2ème partie du siècle dernier, les grands rénovateurs de la psychiatrie française, C. Fleury recommande de se poser la question de savoir si le fonctionnement des institutions sanitaires et sociales est compatible avec l’instauration d’une éthique des soins. Pas comme une mise en accusation délibérée, mais comme le souhait qu’elles aussi s’interrogent dans divers domaines de la gestion des personnels, des soignants en formation (dont on sait qu’ils rencontrent souvent des difficultés), des pratiques en place, afin qu’elles ne favorisent en rien une maltraitance des personnes soignées. Ces remarques font totalement écho aux recommandations actuelles, notamment de la Haute Autorité de Santé, inspirée du principe selon lequel seule une réelle qualité de vie au travail des personnels est de nature à permettre une bonne qualité de prise en charge du patient. 

C. Fleury termine comme elle a commencé, en élargissant le regard sur une société démocratique dans laquelle tous auraient la volonté de maintenir une réflexion, avec un objectif final : « rendre le monde habitable, vivable pour l’humanisme », « élaborer une qualité de présence au monde, au vivant, à la nature, au sens où elle est inséparable – cette nature – de notre condition d’homme. »

On ne peut terminer sans mentionner le court ajout final, intitulé « Les femmes désenfantées » que C. Fleury adresse aux femmes comme celles qu’elle accompagne dans son activité, les femmes qui ont perdu un enfant, ou n’ont pas pu l’avoir, celles « qui n’ont pas d’autre enfant que celui qui est mort ». Les mots de tendresse qu’elle leur adresse là sont particulièrement touchants. Mais au-delà, elle tient à leur dire comme elles peuvent, elles, pourtant vulnérables, apprendre aux professionnels qu’elles rencontrent, en montrant « comme il faut prendre conscience du don du présent » et « ne pas vaciller dans la douleur définitive ». Une preuve de « l’alliance dialectique » citée plus haut certainement….

Infirmier en pratique avancée : un nouveau métier aux compétences et aux responsabilités élargies

Infirmier en pratique avancée : un nouveau métier aux compétences et aux responsabilités élargies

Note rédigée par Dominique Fasquel

L’exercice infirmier en pratique avancée est officialisé et encadré par deux décrets et trois arrêtés parus au JO du 19 juillet 2018.

Quel objectif ?  

Il est double :

  • améliorer l’accès aux soins ainsi que la qualité des parcours des patients atteints de pathologies chroniques en libérant du temps médical, en particulier dans les déserts médicaux .
  • développer pour les infirmiers des compétences et des responsabilités reconnues par un cursus universitaire complémentaire.

De quoi s’agit-il ?        

La pratique avancée consiste à effectuer une mission (et non des actes prescrits) dans un champ élargi de compétences et de responsabilités à l’interface de l’exercice infirmier et de l’exercice médical. Cette pratique recouvre :

  • des activités d’orientation, d’éducation et de dépistage.
  • des actes d’évaluation et de conclusion clinique : anamnèse , entretien et examen clinique.
  • la prescription d’actes techniques et d’actes de surveillance clinique et paraclinique. Certains actes réglementairement « prescrits « pourront être effectués sans prescription médicale : prélèvement sanguin, recueil aseptique des urines, pose de bas de contention, branchement et débranchement d’une dialyse rénale ou péritonéale…
  • le renouvellement ou l’adaptation de prescriptions médicales.

Quels domaines d’intervention ?

 Les infirmiers en pratique avancée (IPA) pourront exercer :

  • en ambulatoire

– au sein d’une équipe de soins primaires coordonnée par un médecin (maison ou centre de santé).

– en assistance d’un médecin spécialiste, hors soins primaires.

  • en établissement de santé, en établissement médico-social ou dans un hôpital des armées, au sein d’une équipe de soins coordonnée par un médecin.

Concrètement l’IPA suivra des patients qui lui auront été confiés par un médecin dans une équipe de soins sur la base d’un protocole précisant les modalités de leur travail en commun.

Quelles conditions d’exercice ? 

  • Être titulaire :

– du diplôme d’Etat infirmier (DEI – Licence – Bac+3).

– du diplôme d’Etat infirmier en pratique avancée (DEIPA-Master-Bac+5).

  • Justifier de 3 années minimum d’exercice en équivalent temps plein de la profession d’infirmier.
  • Être enregistré auprès de services ou d’organismes désignés par arrêté ministériel.

Quelle formation ?

Pour accéder à la formation universitaire de master IPA, il faut donc être titulaire d’un DEI ou d’une équivalence européenne et choisir la mention du domaine d’intervention envisagé.

Ce master est accessible en formation initiale mais c’est surtout la formation continue qui est visée puisque 3 ans d’exercice infirmier sont nécessaires.

La formation de 2 ans est organisée autour d’une première année de tronc commun posant les bases de l’exercice d’IPA et d’une deuxième année centrée sur le domaine d’intervention choisi.

En 2018, une quinzaine d’universités ont été accréditées : Aix-Marseille, Besançon, Brest, Lorraine, Paris (5 universités), Versailles, Normandie, Toulon, Rennes, Nantes.

En 2019, sont prévues les universités d’Angers, Tours, Bordeaux, Limoges, Poitiers et de Saint-Etienne (la seule de la région Auvergne-Rhône-Alpes).

Les frais pédagogiques d’environ 5000 € par année de formation pourront être pris en charge :

  •  pour les salariés, par l’employeur.
  •  en libéral, en partie (1000 €) par le fonds interprofessionnel de formation des professions libérales (FIFPL). La question d’une indemnisation de perte d’activité durant le master est envisagée par le Ministère de la Santé.

Quelles perspectives ?

L’exercice d’IPA pourrait constituer une innovation majeure pour notre système de soins, surtout si :

  • les 5000 IPA prévus d’ici 2022 sont réellement en exercice.
  • la reconnaissance en termes de statut et de rémunération est effective.

Les bénéfices seraient multiples :

  • Pour les infirmiers : nouvelles perspectives de carrière avec un mode d’exercice plus autonome et une meilleure reconnaissance en particulier financière.
  • Pour les médecins : du temps médical retrouvé et de nouvelles possibilités de coopération.
  • Pour le système de soins : un renforcement des structures d’exercice coordonné en soins primaires et un surcroît de temps médical disponible.
  • Pour les patients : une amélioration de l’accès aux soins et une prise en charge diversifiée avec une meilleure articulation des parcours entre ville et hôpital.

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