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Les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19

Les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19

Après des articles tels que « L’épidémie de Covid-19 : un séisme sanitaire et systémique mondial » et « Les métiers du Corona », voici maintenant, publiée en juillet 2020, une synthèse de travaux sur les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19, réalisée par un groupe de travail lancé par la DREES[i] au début du confinement. Son mandat : réaliser une veille documentaire des conséquences de la crise sanitaire sur les systèmes de santé et de protection sociale. Le groupe a échangé sur ses lectures de la littérature scientifique internationale et française et d’articles de presse « de fond », complétées par des analyses statistiques sur les données françaises.

La littérature scientifique mettait déjà en évidence les inégalités sociales dans les épidémies passées, avec des facteurs souvent cumulatifs : inégalités face au risque d’exposition, vulnérabilité différenciée face à la maladie et les différences de prise en charge. Cette fois aussi des inégalités de santé sont vite apparues, mais s’y sont encore ajoutées les inégalités sociales face au confinement.

Des risques d’exposition au risque sanitaire cumulées pour certains

Le risque de contamination a été plus élevé dans les emplois au contact des malades, dans le secteur de la santé et l’action sociale, mais aussi dans l’industrie agroalimentaire, le commerce et l’industrie. Quand leur activité était maintenue, presque tous les ouvriers et les trois quarts des employés ont continué à travailler hors de chez eux, ce qui n’était le cas que d’un tiers des cadres, qui pouvaient souvent recourir au télétravail. Et ces ouvriers et employés habitant plus souvent en zone périurbaine, ils devaient se déplacer en transports en commun.

Par ailleurs, les conditions de vie et la promiscuité accentuent le risque de contamination pour ceux qui vivent dans des logements collectifs, en établissements fermés et dans des logements surpeuplés. Quant à l’accès aux mesures de protection, il dépend des conditions matérielles, mais aussi des comportements préventifs, dont la littérature montre bien qu’ils sont inégalement adoptés dans la population.

… un risque de développer une forme grave de la maladie accentué par un gradient social… 

Les premières analyses menées par la DREES montrent qu’au-delà du facteur lié à l’âge, les comorbidités sont inégalement réparties sur le territoire : dans les Hauts-de-France, la Normandie, le Grand-Est, la Réunion et la Corse, la population est plus atteinte par les pathologies susceptibles de mener à des formes graves de Covid-19. Les cadres, professions intermédiaires, agriculteurs apparaissent moins exposés que les employés et les ouvriers. Le cinquième de la population ayant les revenus les plus faibles a une fois et demie plus de risques d’avoir une de ces comorbidités (particulièrement l’obésité) que le cinquième de la population qui a les revenus les plus élevés. Les disparités territoriales de surmortalité révélées par l’Insee, indiquent d’abord que le Grand-Est et l’Île-de-France ont été les régions les plus touchées, mais aussi que l’excédent de mortalité n’est pas homogène à l’échelle infra-régionale (des excès de mortalités départementales plus élevés à Mayotte et en Seine Saint Denis), et même communales.

… Tous risques cumulés avec des inégalités sociales multiples face au confinement 

Les retards de prise en charge des soins urgents, observés durant le confinement au travers d’une chute du recours aux urgences pour des pathologies à risque vital (baisse de l’ordre de 40 % pour les cardiopathies ischémiques, près de 30 % pour les accidents vasculaires cérébraux) sont inquiétants, ainsi que les dépistages tardifs des cancers qui peuvent entraîner une perte de chance pour les patients. La prise en charge des pathologies chroniques et pédiatriques en ville s’est affaissée pendant le confinement (baisse de 40 % des consultations en médecine générale et de 50 % pour les spécialistes selon l’Assurance maladie, baisse de 50 % des consultations de suivi de maladies chroniques, suivi de grossesse et suivi pédiatrique pour près d’un généraliste sur deux selon le panel de la DREES). Des études seront nécessaires pour observer les effets à moyen terme. Les pathologies nécessitant des soins réguliers ou urgents sont elles-mêmes croisées par des inégalités sociales, et des populations moins favorisées ont pu pâtir davantage des difficultés de recours aux soins. 

Les expériences passées de quarantaine, comme les premières leçons du confinement pendant le Covid-19, décrivent des conséquences multiples sur la santé mentale. Le panel des médecins généralistes de la DREES fait état d’une augmentation des consultations pour santé mentale. Certaines enquêtes montrent un risque accru pour les personnes en isolement social. La littérature internationale invite d’ailleurs à porter l’attention sur les personnes isolées, âgées, les enfants et les personnes ayant des troubles psychiatriques préexistants, ainsi que pour les personnes aux conditions de vie les plus précaires et qui se sont le plus dégradées au cours de cette séquence (sans domicile notamment). 

Les conséquences économiques de la crise risquent de majorer les inégalités matérielles : certaines populations ont subi des baisses de revenus, associées à une hausse des dépenses, alimentaires souvent, seulement partiellement compensées par les aides publiques. D’après l’INED[ii], pendant le confinement, près de la moitié des ménages les plus modestes ont perdu des revenus, contre environ un quart des ménages aisés. Enfin, d’autres types d’inégalités sociales face au confinement commencent à être documentés : sécurité physique, continuité de l’accompagnement social, conditions de logement et isolement, accès au numérique et réussite éducative.

Le résultat : des populations particulièrement fragilisées

La crise sanitaire met en lumière l’importance et l’aspect multidimensionnel des inégalités existantes. Elle pointe les risques auxquels font face les populations les plus fragiles exposées à une « double » ou une « triple peine » face au Covid-19, souvent liée à l’impact du virus couplé à l’impact du confinement ; d’où la nécessité d’une vigilance accrue.  Certains travaux alertent aussi sur les inégalités de genre : majoritaires dans les métiers de la santé et du social, les femmes ont été en première ligne dans la réponse sanitaire à la crise ; elles ont supporté une charge plus élevée au sein des ménages, tout en étant plus exposées aux risques de violences conjugales. L’analyse territoriale révèle des processus de cumul : les populations des quartiers défavorisés présentent plus souvent des facteurs de risques face au coronavirus, sont plus souvent concernées par de mauvaises conditions de logement, ainsi que par le maintien d’une activité professionnelle qui suppose d’emprunter les transports en commun. Plus largement, la crise a touché différemment les populations urbaines et rurales. Enfin, au-delà des territoires, les lieux de vie distinguent nettement les populations et leur vulnérabilité face au coronavirus. Les personnes résidant en établissements médico-sociaux (en EHPAD, en situation de handicap ou de perte d’autonomie) cumulent un risque d’exposition élevé lié au lieu de vie et une dégradation de l’état de santé due à l’isolement. Les personnes en grande précarité, sans domicile, réfugiés et migrants notamment, cumulent forte insécurité sanitaire, liée au risque d’exposition au virus dans des structures d’accueil collectives,  difficultés d’accès aux soins et insécurité économique accrue par l’absence de moyens de subsistance liée à l’interruption de leur activité par le confinement et l’absence d’allocations sociales.


[i] DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. Ministère des Solidarités et de la Santé

[ii] INED : Institut national d’études démographiques

Source : Les Dossiers de la DREES, n° 62, DREES, juillet 2020

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