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« Corbacabana » ou le quotidien d’un écrivain public en prison

« Corbacabana » ou le quotidien d’un écrivain public en prison

Ce qui se déroule derrière les murs d’une prison demeure, pour la plupart d’entre nous, mal connu, voire fantasmé.

Le livre écrit par Jean Desfonds arrive donc à point nommé puisque les derniers chiffres communiqués par l’Administration pénitentiaire témoignent de la surpopulation carcérale : MESURE MENSUELLE DE L’INCARCERATION au 1er octobre 2018.

Essentiel est donc de savoir qui vit et travaille derrière les murs des prisons françaises.

Aussi, passionnant est ce témoignage d’un des écrivains public intervenant en centre pénitentiaire. Il bouleverse l’angle de vue sur les personnes détenues car, avec lui, c’est rencontrer l’humain plutôt que le délinquant ou le criminel.

Au travers de 57 portraits, ce témoignage enraciné dans l’expérience des prisons lyonnaises nous donne à entendre le bouillonnement des voix et des appels qui résonnent derrière les grilles. Il faut savoir qu’au 1er octobre 2018, la maison d’arrêt de Lyon-Corbas prévue pour 688 personnes détenues accueillait en fait autour de 850 personnes (*).

N’hésitez pas à lire quelques bonnes feuilles de l’ouvrage en cliquant sur « Lire un extrait » (colonne de gauche)…

D’un enfer à l’autre

Pas besoin d’être un féru d’histoire pour se douter qu’un Kosovar de trente ans n’a pas pu vivre une enfance et une jeunesse paisibles.

L’éclatement de la Yougoslavie a été marqué, pour ce petit coin de terre, par la guerre, des violences inouïes, des frappes aériennes, des massacres, des exodes et des administrations successives où l’on peine à se retrouver :

J’ai appris « je, tu, il » avec les Français ! m’explique Dijan.

Il n’a guère été au-delà dans son apprentissage d’une langue qu’il parle péniblement, d’autant qu’à 9 h 45, il vient tout juste d’être réveillé par le surveillant qui l’a incité à venir me voir.

Ces levers tardifs ne doivent pas tout à la paresse.

Les détenus sont souvent tenus en éveil par la télévision – auxiliaire pratique des surveillants pour faire régner le calme ! – et l’angoisse propre à ceux qui ressassent indéfiniment leurs problèmes insolubles et leur situation sans issue immédiate, qui se débattent avec leurs souvenirs, qui pensent à ceux qu’ils ont laissés « dehors », qui sont stressés par les cris, les bruits quasi incessants de la prison.

L’absence d’exercice physique au long de la journée ne facilite pas non plus le sommeil.

S’ils finissent par s’endormir sur le matin – parfois aidés par quelque somnifère prodigué par un médecin compatissant – ils peuvent avoir quelque peine à émerger pour les rendez-vous de la journée…

Le conseiller pénitentiaire qui a reçu Dijan au quartier arrivants m’a demandé de passer le voir pour lui faire « une rafale de courriers » !

Dijan est arrivé en France en 2012. Il a vécu longtemps à la rue avant de se retrouver dans un foyer à Saint-Étienne.

J’ai pris 9 mois… Vol… me déclare-t-il sobrement.

En sortant progressivement des brumes du sommeil, il retrouve tout ce qu’il doit régler sans tarder :

Il faut écrire à foyer, d’abord.

Nous faisons donc savoir au directeur du foyer où il était logé que Dijan est incarcéré et que sa chambre peut être libérée.

Il faudrait aussi qu’il rassemble les divers papiers de Dijan et les mette de côté, jusqu’à son retour… Les vêtements ? Il peut les donner ou les jeter…

Jean Desfonds, Corbacabana. Écrivain public en prison, Editions du Panthéon, Paris, 2018, 216 pages, 18,90 euros.

 


(*) Le chiffre de 939 donné par la DAP inclut en fait les personnes écrouées hospitalisées à l’UHSI (hôpital de Lyon Sud) et à l’UHSA (hôpital du Vinatier).

Un nouveau plan pour l’autisme mis en place en avril 2018, par Marie-Antoinette Piens

Un nouveau plan pour l’autisme mis en place en avril 2018, par Marie-Antoinette Piens

Le 4ème plan autisme (2018-2022) a pour but d’améliorer la recherche, le dépistage et la prise en charge de l’autisme (environ 8000 naissances par an), en intervenant plus précocement chez le jeune enfant et en incluant davantage enfants et adultes dans la société. Ce plan comprendra une enveloppe de 344 millions d’euros sur cinq ans.

A partir du 1er janvier 2019, un « forfait intervention précoce » va être créé avec dépistage précoce (entre 9 et 24 mois) et recours à des professionnels comme les psychomotriciens et ergothérapeutes qui seront pris en charge par la sécurité sociale, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Pour la scolarisation, l’objectif est d’atteindre 100% des enfants nés en 2018 et entrant en maternelle en 2021 (au lieu de 30% actuellement 2 jours ou moins par semaine). Le nombre de places en Unité d’enseignement en maternelle pour les enfants ayant besoin d’un soutien renforcé sera triplé et une centaine de postes d’enseignants spécialisés seront créées pour soutenir ceux qui ont des élèves autistes dans leurs classes. Un renforcement de la scolarisation de ces élèves en primaire (40% des autistes actuellement) et au collège/lycée est prévu via les Unités localisées pour l’inclusion scolaire (Ulis).

Un plan national de repérage et de diagnostic des adultes autistes en établissements de santé et médico-sociaux va être lancé. Trop d’adultes autistes diagnostiqués tardivement sont actuellement en hospitalisation psychiatrique de longue durée et nombreux sont ceux qui ne sont pas diagnostiqués (seuls 75 000 adultes français seraient diagnostiqués contre environ 600 000 adultes autistes). Pour les adultes autonomes, des colocations en logement social et l’accès aux « logements accompagnés » seront ouverts. Il est aussi prévu de doubler le dispositif d’emploi accompagné afin de faciliter l’insertion professionnelle des adultes ayant des troubles autistiques.

La création d’une « plateforme de répit » par département est également prévue afin que les familles puissent se reposer et partir en vacances.

L’amélioration de la formation initiale et continue des professionnels de santé et des travailleurs sociaux permettra de mieux connaître et appliquer les recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé.

Le développement de la recherche sur les troubles neurodéveloppementaux vise à « remettre la science au cœur de la politique de l’autisme. »

Un délégué interministériel à la stratégie autisme doit être nommé.

Pour Autisme France, il s’agit de grandes orientations et non d’un  « vrai plan autisme » encore attendu.

Marie-Antoinette Piens

Dix ans déjà ! par Marie-Antoinette Piens

Dix ans déjà ! par Marie-Antoinette Piens

Ce fut une belle soirée d’anniversaire ! Ce 18 octobre 2018, nous fêtions les 10 ans de la Fondation Après-Tout. Plus de 80 personnes avaient répondu à notre invitation – nous étions, avec les membres du comité exécutif, plus de 90 et la salle de conférence était remplie. Nous avions choisi de fêter cet anniversaire au château de Montchat, une belle bâtisse dans ce quartier tranquille du 3ème arrondissement de Lyon.

Le président, Pierre Mouterde, a présenté, la philosophie et les objectifs de la fondation : soutenir des projets individuels ou collectifs portés par des professionnels des secteurs de la santé, du social, du judiciaire et du pénitentiaire dans la région Auvergne-Rhône-Alpes ; donner l’opportunité de se ressourcer pour ces professionnels qui ont besoin d’échanger sur leurs pratiques et les difficultés rencontrées ; produire de la pensée sur un thème qui nous tient à cœur, celui des vulnérabilités et de la responsabilité.

Les comptes présentés par Michel Arbault montrent une diminution des dons qui ne couvrent plus les aides apportées, ce qui est pour nous un point d’attention, avec des frais de fonctionnement faibles.

Monsieur Yves Minssieux, président du comité de Lyon – Fondation de France Est –nous a présenté la Fondation de France et les fondations sous égide, comme l’est la Fondation Après-Tout.

Alain Chalochet a ensuite fait le bilan des actions entreprises par la fondation depuis 1988 : 45 aides à la reconversion professionnelle, 48 formations individuelles, 10 associations soutenues une ou plusieurs fois, des conférences faites aux internes de médecine générale et des prix de mémoire pour le DIU d’éthique en santé organisé par l’Espace éthique régional. Ces aides ont surtout été apportées dans le domaine de la santé et du social, un effort est à faire dans les deux autres domaines. De nombreux dossiers ont dû être refusés car en dehors des critères de la Fondation (hors région Auvergne-Rhône-Alpes et hors objectifs de la fondation).

Six « porteurs de projets » ont ensuite pris la parole pour présenter leur projet, son déroulement et les suites pour chacun d’eux. Une grille avait été proposée permettant d’harmoniser ces présentations tout en maintenant leur singularité : 2 reconversions professionnelles (ergonome/santé au travail et aide-soignante), 2 formations (doctorat de philosophie de la santé et de neurosciences dans le domaine pénitentiaire), 2 associations (pour l’humanisation des soins et pour donner un nouvel élan au travail d’intérêt général). La fondation a été remerciée, non seulement pour l’aide financière apportée, indispensable pour que ces projets se réalisent, mais aussi pour l’accompagnement et la présence tout au long de la réalisation du projet. Ces présentations ont été très appréciées car elles donnaient une bonne idée de la diversité des projets soutenus par la fondation.

Pour en savoir plus, cliquez ici :

Les 10 ans de la Fondation : quelques projets soutenus

Le travail continue, Pierre Mouterde a donné les orientations pour les dix prochaines années, en ce qui concerne la qualité des projets à soutenir, le ressourcement des professionnels porteurs de projets, avec au moins une rencontre par an, l’organisation d’une conférence annuelle sur des thèmes éthiques et philosophiques, l’attribution de prix de mémoire en éthique – pas seulement pour les internes de médecine générale, et la limitation des frais de fonctionnement. Ces défis ne pourront être relevés que si les donateurs en sont convaincus.

« Un défi à relever ensemble ! »

Venez fêter avec nous dix ans d’existence !

Venez fêter avec nous dix ans d’existence !

En 2008, cinq personnes ont décidé de mettre en commun des fonds pour soutenir une cause qui leur tenait à cœur :

« Accompagner les professionnels au service de l’humain ».

Si vous souhaitez nous rencontrer et connaitre les actions soutenues par la Fondation Après-Tout, venez nous rejoindre

Jeudi 18 octobre de 18 h 30 à 22 h 00

au Château de Montchat , Place du Château, 69003, LYON

pour un temps de rencontres et d’échanges, suivi d’un buffet

en présence de Monsieur Yves Minssieux ,
Président du Comité de Lyon – Fondation de France Centre-Est.

A titre d’exemple, six projets soutenus seront présentés, suivis d’un temps d’échanges avec les bénéficiaires : des personnes ayant effectué une reconversion professionnelle ou ayant mené une recherche ou un doctorat, et deux associations.

Vous découvrirez des initiatives pour promouvoir la qualité des soins auprès des personnes âgées, développer les travaux d’intérêt général, élargir les réflexions éthiques…

Pour faciliter l’organisation de la soirée, merci de vous inscrire en nous adressant un mail à contact@apres-tout.fr

Pierre Mouterde,Président, et les membres du Comité

Le suicide en France, par Marie-Antoinette Piens

Le suicide en France, par Marie-Antoinette Piens

Le 10 septembre 2018 a eu lieu la Journée mondiale de prévention du suicide qui a pour but de sensibiliser les populations à l’ampleur du problème et aux façons de le prévenir. Il s’agit d’une initiative de l’Association internationale pour la prévention du suicide, en association avec l’Organisation mondiale de la Santé.

Le 5 février dernier, l’Observatoire national du suicide a publié son troisième rapport intitulé : « Suicide : enjeux éthiques de la prévention, singularité du suicide à l’adolescence. » Le taux de suicide en France a diminué de 26% entre 2003 et 2014 mais reste l’un des plus élevés en Europe. En 2014, 8.885 suicides ont été officiellement enregistrés en France métropolitaine par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm, ce qui représente 24 décès par jour. Le rapport précise que le chiffre de 8.885 suicides est sous-évalué car il ne prend en compte que les décès enregistrés comme morts volontaires. On serait plus proche de 10.000 suicides voire plus par an. Il y aurait environ 200.000 tentatives de suicides chaque année. Cela concerne davantage les femmes avec un pic entre 15 et 19 ans et un autre entre 45 et 49 ans.

Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents de la route, soit 16% des décès en 2014.

En 2012-2014, en France métropolitaine, le taux de décès par suicide est de 17/100.000 habitants. Ils touchent davantage les hommes (23,1 décès/100.000 habitants) que les femmes (6,8). Le taux augmente avec l’âge, surtout entre 45 et 54 ans et après 75 ans (soit 33,4 et 59,4 pour 100.000 hommes). Les taux de suicide sont plus importants dans la moitié nord de la France mais également dans certaines catégories socio-professionnelles comme les agriculteurs (296 décès entre 2010 et 2011).

Les modes de suicide les plus fréquents sont les pendaisons (57%), l’utilisation d’armes à feu (12%) surtout chez les hommes, les prises de médicaments et autres substances (11%) surtout chez les femmes et les sauts d’un lieu élevé (7%).

Parmi les causes évoquées lors des appels à SOS Amitié figurent la solitude, la dépression, la maladie physique et les problèmes de couple ou de famille : ruptures, deuils, violences sexuelles mais aussi chômage, addictions…

Ce nouveau rapport envisage les enjeux éthiques de la prévention du suicide. Plusieurs thèmes sont développés :

  • Que faire face à des comportements suicidaires, en sachant qu’il « convient de respecter la décision des personnes qui souhaitent mettre fin à leurs jours (respect de leur autonomie) tout en les aidant à trouver d’autres solutions à leur détresse (principes de bienfaisance et de justice), en particulier si des troubles de santé mentale sont susceptibles d’altérer leur jugement ».
  • La question de la levée du secret médical en cas de risque suicidaire, dans certaines circonstances, est posée avec le risque de non-assistance en danger dans le cadre d’un risque imminent de suicide surtout s’il fait courir un risque à d’autres personnes.
  • Le rôle des associations de prévention du suicide et d’aide à distance est souligné, comme SOS Amitié, avec la question de l’intervention ou non en cas de crise suicidaire d’un appelant. Deux dispositifs ont été évalués comme susceptibles de réduire les taux de suicides observés : le recontacte des patients en sortie d’hôpital après une tentative de suicide et la mise en place de deux types de dispositifs envers les personnes âgées : un service d’appels d’urgence et un dispositif de suivi consistant à appeler les personnes pour prendre de leurs nouvelles.

La prévention se fait également par les outils connectés et le web. Sur les réseaux sociaux, des modérateurs sont chargés de repérer les sujets exprimant des idées de suicide sur les chats et les forums. L’application StopBlues lancée en avril par l’Inserm, propose des informations sur le mal-être, l’anxiété, ainsi que des listes de médecins et d’associations.

En Rhône-Alpes, le dispositif « Porte t’apporte » de l’association Apsytude s’appuie sur la prévention par les pairs avec le double objectif d’augmenter la réception des messages de prévention et d’instaurer de nouvelles normes de communication et d’entraide chez les étudiants vivant en résidence universitaire. Ces actions de prévention sur le suicide et la dépression sont effectuées par des stagiaires étudiants en psychologie qui font du porte-à-porte deux fois par an.

Marie-Antoinette Piens

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