Mois : mai 2020

Un projet à soutenir : les cercles de résilience

Un projet à soutenir : les cercles de résilience

Dans le contexte de pandémie qui est le nôtre aujourd’hui, la Fondation Après-Tout a décidé d’engager dès maintenant des moyens importants dans l’accompagnement des professionnels.

Cet engagement se concrétise par le soutien financier de projets visant à écouter, assister, aider sur un plan psychologique les soignants, les acteurs du médico-social, tous les professionnels du pénitentiaire et du judiciaire, qui peuvent être durablement meurtris par les événements qu’ils vivent aujourd’hui.

L’association APL’HUS

Plusieurs associations ont déjà contacté la Fondation Après-Tout pour présenter leur action. Notamment l’association APL’HUS (association pour l’humanisation des soins). Cette association, créée en 2005 sur l’initiative de Jean-Louis Terrangle et Marie de Hennezel, a pour vocation de mettre en œuvre un accompagnement plus humanisé des personnes rendues vulnérables par la précarité, la maladie, le handicap, le deuil, ainsi que ceux qui les entourent. L’association développe à partir des besoins essentiels de l’être humain, une qualité des soins autour du TACT – le TACT est l’art d’être bien avec soi pour mieux accueillir ce qui EST. Il est l’un des chemins qui permet aux personnes rendues vulnérables de retrouver leur sentiment de dignité de femme et d’homme, de rester vivant jusqu’au bout.

Les cercles de résilience

L’association développe plusieurs axes de formation et souhaite mettre en œuvre des cercles de parole dans les EPHAD.

Dans la crise actuelle, le risque est grand de tomber dans un état de découragement car celle-ci dure longtemps. Aider les soignants à s’emparer de ce qui a fait la force de ce combat, c’est les aider à prendre du recul, identifier les forces, les faiblesses et les opportunités de ce système. Les soignants savent faire, ils l’ont prouvé.  Il ne s’agit pas de nier les dysfonctionnements, juste faire un bilan lucide et réel de la crise COVID. Apprendre à reconnaitre ce qui a fonctionné bien ou moins bien et en faire quelque chose, déposer la charge émotionnelle et construire un prendre soin qui tient compte des diverses réalités.

Le projet

Il repose sur trois axes :

  • Proposer aux soignants des « cercles de résilience », cercle de partage et de rencontre afin de faire le bilan de leur vécu, relatif à la crise COVID. 
  • Accompagner les professionnels de santé dans un exercice de résilience après la période de confinement. C’est-à-dire, revenir à un fonctionnement normal des soins en gardant en mémoire les points positifs de la crise et enrichir les pratiques professionnelles et relationnelles grâce à cette expérience.
  • Aider les professionnels à reprendre leur souffle et éviter un phénomène de décompensation.

La formation est assurée par les membres de l’association.

Pour en savoir plus, télécharger le document de présentation

Soutenez ce projet !

La Fondation Après-Tout s’est engagé à soutenir l’association dans la mise en place de ces groupes de parole dans la mesure d’une implication financière aussi de l’établissement demandeur.

Vous pouvez soutenir ce projet par un don en ligne.

Covid-19 : la Fondation Après-Tout agit

Covid-19 : la Fondation Après-Tout agit

Aider les professionnels au service de l’humain maintenant et dans la durée

Depuis douze ans, la Fondation Après-Tout s’est donnée pour raison d’être d’accompagner les professionnels au service de l’humain, c’est-à-dire les professionnels de la santé, du social, du pénitentiaire et du judiciaire.

Aujourd’hui, ces professionnels vivent des moments extrêmement difficiles, stressants, fatigants, engageants. Souvent, ils doivent faire face à des situations inédites, auxquelles ils sont parfois peu ou mal préparés.

Dans le contexte de pandémie qui est le nôtre aujourd’hui, la Fondation Après-Tout a décidé d’engager, pour maintenant mais aussi pour demain, des moyens importants dans l’accompagnement de ces professionnels. Cet engagement se concrétise par le soutien financier de projets visant à écouter, assister, aider sur un plan psychologique les soignants, les acteurs du médico-social, tous les professionnels du pénitentiaire et du judiciaire, qui peuvent être durablement meurtris par les événements qu’ils vivent aujourd’hui.

Ainsi, la Fondation Après-Tout est à l’écoute de tous les projets qui vont dans cette direction. Les associations ou celles et ceux qui œuvrent dans cette perspective peuvent nous contacter dès maintenant :

contact-fondation@apres-tout.fr

Penser la société que nous voulons pour demain

Depuis douze ans aussi, la Fondation Après-Tout essaye d’apporter sa contribution à l’éclosion d’une société plus humaine.

La pandémie à laquelle notre société doit faire face est un extraordinaire révélateur de nos faiblesses, de nos vulnérabilités, de nos fragilités. Elle créée la nécessité de nous interroger sur l’après. Elle ouvre la voie à une nécessaire réflexion sur la société que nous voulons pour demain.

Une société dont les priorités seraient réorientées !

Dans cet esprit, la Fondation Après-Tout souhaite être un acteur de ces réflexions en soutenant des initiatives qui pourraient aider à une réflexion éthique et en apportant, au travers de conférences et de débats, que nous pourrons organiser après le déconfinement, sa pierre à l’édifice.

Si vous avez des idées, contactez-nous dès maintenant :

contact-fondation@apres-tout.fr

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Vous le savez, la Fondation Après-Tout attache une attention particulière à la limitation de ses frais de fonctionnement. Ainsi, les sommes que la Fondation recevra dans les mois qui viennent seront exclusivement et intégralement dédiées à ces actions.

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Covid-19 : quels scénarios à l’horizon fin 2021 ?

Covid-19 : quels scénarios à l’horizon fin 2021 ?

La diffusion du Coronavirus a ouvert une crise inédite et elle nous place tous devant des incertitudes, à court comme à plus long terme, sur le plan sanitaire d’abord, et par voie de conséquence sur les plans économique et social. Devant cet avenir incertain, l’association Futuribles a engagé depuis Mars dernier une réflexion prospective en cherchant à formuler des scenarios d’évolution possibles. Ce travail disponible intégralement sur www.futuribles.com a déjà fait l’objet de modifications au vu des évolutions constatées au plan sanitaire. Il est prévu que ce type de révision intervienne autant que de besoin, au fil du temps, et au gré des données nouvelles.

Il s’agit donc d’un document de travail

dont nous présentons la synthèse actuelle au 27 mai 2020.

1. LE PLUS PROBABLE : « SUR LE FIL DU RASOIR »

L’épidémie est contrôlée, des traitements sont mis au point et le vaccin arrive à la mi-2021... L’économie repart peu à peu, soutien aux secteurs stratégiques, fort chômage, climat social dégradé... Faible coordination internationale

Situation sanitaire

Contrôle relatif de l’épidémie dans la plupart des pays développés à l’été 2020, après un confinement desserré à mi-Mai avec des contraintes (port du masque, tests d’abord ciblés au printemps puis généralisés à l’automne, personnes symptomatiques confinées, de même que les populations fragiles, au moins jusqu’à l’hiver, déplacements très limités è progression du virus ralentie. Épidémie ralentie à l’automne.

En décembre 2020, des traitements mis à disposition. Mortalité plus faible qu’envisagé, mais importante, surtout chez les vulnérables (75 à 150 000 décès).  Vaccin au printemps ou été 2021.

Le système sanitaire, très ébranlé, se remet peu à peu. 

Situation socio-économique en France

Reprise très progressive des activités, en mode dégradé à partir de mi-Mai 2020.

Dettes fiscales, sociales considérables après 2 mois d’inactivité. Des faillites. Activités touristiques et associées en crise durable. Fin d’été 2020, chute du PIB de 12 %.

Choix pour l’État : arbitrer entre plus d’aides ou préserver un minimum d’équilibre financier. Le choc se reporte sur les ménages (1,5 M de chômeurs de plus en fin 2021 qu’au 1/01/2020, ou 12 % de la population active).

Politique d’austérité différenciée (investissement, soutien aux secteurs stratégiques, santé, agriculture, formation). Découplage entre les actifs sur-sollicités, et les inactifs, parfois en situation très fragile. Faute de formation, de soutien public fort, la main-d’œuvre inactive se réoriente peu vers les entreprises en demande. Revenus et consommation diminuent, même après confinement.

Rebond début 2021, mais insuffisant pour absorber la récession de 2020. Des retours épidémiques récurrents entrainent une activité économique en dents de scie. L’Outre-Mer, très touchée (Mayotte et La Réunion), vit une situation préoccupante. Climat social et politique dégradé, scandales sanitaires liés à la crise (les masques,…). Retour des tensions d’avant la crise, mais la situation économique limite le risque de grève et la situation sanitaire dissuade les grandes manifestations.

Situation européenne et internationale

Union européenne affaiblie ; l’émission d’euro-obligations a limité les dégâts mais l’Union est très affectée. Politique de coopération et d’investissement limitée à la seule zone euro.

Des pays émergents, africains, Inde, Asie du Sud-Est, Amérique du Sud…très touchés par l’épidémie. La crise sanitaire y perdure jusqu’à l’été 2021, quand des vaccins produits sont distribués (en quantité suffisante ?) ou grâce à une immunité de groupe. Chaînes d’approvisionnement alimentaire et dispositifs d’aide internationale rompus. Des pays grands producteurs de céréales ont supprimé les exportations ou mis des quotas. Frontières des pays développés fermées à toutes ces zones, excepté quelques échanges commerciaux vitaux.

2. « GRANDE DÉPRESSION »

L’épidémie n’est pas vraiment contrôlée, obtention de traitement et de vaccin fin 2021 seulement... L’économie tarde à repartir, secteurs en grosses difficultés, hausse des emplois précaires, mouvements sociaux, contestation des institutions... Crise financière internationale

Situation sanitaire

Epidémie mal  contrôlée, pas d’horizon de sortie de crise jusqu’à fin 2021.

Absence de traitements efficaces, et disponibilité de vaccins seulement après le 2ème semestre 2021 (les variantes du virus compliquent l’obtention d’une solution). Etat de risque permanent, maintien de restrictions, parfois mal tolérées, d’où des tensions dans les populations et les opérateurs économiques. Sans horizon de sortie d’épidémie, sans perspective sociale et économique, la crise s’approfondit dans les États les plus éprouvés.

Situation socio-économique en France

Impact sur l’économie en 2020 bien plus fort qu’anticipé (- 15 % du PIB), les ménages, prudents, reportent leur consommation. Des secteurs s’effondrent, hôtellerie, tourisme, restauration, culture, gros œuvre du bâtiment. Les incertitudes sur la situation sanitaire, la faible confiance des acteurs les uns envers les autres, et les efforts de reconstitution de trésorerie font que le rebond tarde. La croissance économique en 2021 reste faible (+ 7 % en 2021 du PIB par rapport à 2020, – 8 % par rapport à 2019). 2 à 3 millions de chômeurs de plus fin 2021 (15 % des actifs).

Hausse massive des emplois précaires. Les collectivités jouent un rôle important pour pallier les difficultés de l’État, d’où des situations économiques territoriales contrastées.

Les entreprises qui fonctionnent sont en forte pénurie de main-d’œuvre. Peu de forces vives dans certains secteurs (agriculture, soignants en crise) et absence de dispositif de formation et de recrutement efficace. L’État crée une Réserve citoyenne nationale obligatoire, en 2021. Les filières de production, approvisionnement, vente n’ont pas repris, des produits manquent. Rationnement sur des filières, pour anticiper les pénuries, dès fin 2020.

Contexte politique troublé à l’automne 2020. Les doutes sur l’anticipation et la gestion de la crise, entrainent de la défiance envers les institutions, qui doivent rendre des comptes.

Les soignants, et la première ligne, qui ont pâti des contrecoups du pic épidémique (burn-out, malades du Covid-19, etc.), manifestent. Mouvements sociaux constitués autour de plates-formes de revendications diverses. Actions menées au nom de la justice (environnementale, sociale, …), parfois en dépit des mesures sanitaires mises en place. Climat social effervescent.

Situation européenne et internationale

Crise systémique financière mondiale, repli sur la zone euro à l’automne 2020.

Crise importante du système financier, qui se propage depuis l’économie réelle, affecte l’épargne et la confiance. L’Union européenne est affaiblie, sans politique coordonnée. Dès l’automne 2020, un resserrage autour de la zone euro se fait sentir, laissant des pays à l’écart.

3. « VERS UN AGE OBSCUR : DISLOCATION SOCIALE, INSURRECTIONS ET MONDE BALKANISE »

La crise sanitaire s’installe dans la durée, pas de coordination internationale pour y faire face, retour du confinementChute durable du PIB, secteurs d’activité à l’arrêt, rationnement, graves tensions sociales, populismesCrise internationale majeure, instabilité politique, terrorisme

Situation sanitaire

Situation sanitaire mondiale catastrophique : la pandémie mondiale s’installe dans la durée.

Virus plus contagieux qu’estimé, immunisation individuelle brève en général. Difficile de trouver des traitements adaptés, pas de vaccin efficace à l’été 2021.

Pas de coopération internationale de gestion de crise. Au printemps 2021, 50 % à 70 % de la population mondiale touchée, mortalité importante, variable selon les politiques sanitaires.

En France : système sanitaire sous tension permanente, débordé jusqu’à fin 2021. Le confinement, interrompu le 11 mai, est remis en place un peu plus tard après un rebond (suite aux mouvements de personnes pour retrouver des proches). Nouvelle accalmie à fin juin, et 3ème vague août-sept. Nouveau confinement, mortalité à nouveau forte, des résistances sociales s’accroissent, le système sanitaire s’affaiblit. La France peut connaître jusqu’à 300 000 décès de mars 2020 et décembre 2021.

Situation socio-économique en France

Économie de rationnement et de réquisition dans un climat insurrectionnel en 2021

Le maintien du confinement a des conséquences psychosociales : troubles psychologiques, violences domestiques, cohésion et confiance en l’autorité en baisse, troubles, non-respect des consignes.

Conséquences économiques catastrophiques : chute violente du PIB (jusqu’à – 15 % sur l’année). En 2021, croissance atone, avec forte baisse de consommation des ménages, et des faillites. Des pans entiers de l’économie sont à l’arrêt. L’Etat nationalise des entreprises clefs, met en place des réquisitions, des bons de rationnement. Institution d’un revenu minimum universel au 2ème semestre 2021, filet de sécurité plus que réelle ambition sociale. Travail au noir, réseaux de solidarité locaux et circuits courts se développent.

Cohésion sociale nettement dégradée. En parallèle, montée de mouvements populistes.

En réponse, en 2021, le gouvernement renforce des mesures mises en œuvre pendant la crise sanitaire (recours au traçage numérique), et glissement vers des politiques de plus en plus sévères.

Situation internationale : crise économique majeure, dans un monde balkanisé et fracturé

Crise économique systémique majeure qui disloque le système financier. Union européenne dépassée, incapable de répondre aux intérêts divergents des États. Pas de reprise normale des flux de marchandises ou de personnes d’ici fin 2021. Frontières toujours fermées, malgré les pressions migratoires depuis les pays en développement. Les crises sanitaires, économiques, politiques et sociales se multiplient dans les pays déjà précaires avant la crise. Coups d’État. Insécurité alimentaire et physique ; des groupes mafieux, terroristes en profitent pour s’étendre. Les ONG internationales sont démunies (pas d’aide, pas de ressources humaines).

4. « COHÉSION INTERNATIONALE, PANDÉMIE MAITRISÉE, NEW GREEN DEAL EUROPÉEN »

Épidémie contrôlée, coopération internationale, traitements disponibles et vaccin à l’été 21… Casse économique limitée, hausse du chômage, relance en 2021 avec la mobilisation de tous les acteurs, climat social qui se détend en parallèleForte coordination économique international y compris au profit des pays pauvres

Situation sanitaire

Confinement assoupli en mai, pandémie contrôlée à l’automne 2020 grâce à des traitements efficaces et des tests systématiques, et surtout à la coopération internationale. Outils de suivi et de confinement des foyers concernés. Les conséquences psychologiques et physiques de la quarantaine restent modérées. 

Débordements du système sanitaire mais localisés, entraide entre régions pour soulager les soignants. L’épidémie est contenue dans les pays développés à la fin de l’été 2020, avec plusieurs pics régionaux, jusqu’au vaccin, et peu à peu  ralentie au début 2021 dans les pays émergents.

Diffusion mondiale du vaccin à l’été 2021. La mortalité s’avère bien plus modérée que prévu (moins de 1 % des cas identifiés). En France, nombre de décès tout de même entre 60 000 et 100 000.

Situation socio-économique en France

Casse limitée, relance en 2021 avec une économie verte raisonnée et renouveau des solidarités nationales. L’impact économique reste important : chute du PIB de 8 % en 2020 et reprise en 2021 de seulement + 4,5 %. Le nombre de chômeurs augmente (+ 1 million fin 2021, comparé au 1-01-2020, 11 % environ de la population active), surtout dans les secteurs tourisme, hôtellerie, restauration, transports…). Nationalisations décidées face à l’effondrement d’entreprises. Les achats jusque-là reportés ont lieu, ce qui modère la crise. De nouveaux services et pratiques de consommation (e-commerce…) se développent.

État, régions et acteurs locaux mobilisés pour que la relance ne se fasse pas au détriment de la transition écologique, car la pandémie a mis en lumière les faiblesses du capitalisme mondialisé, et les risques des dynamiques non durables pour les écosystèmes et les ressources. Des mesures de relance sont ciblées sur les précaires, ou sur la transition écologique, ce qui apaise les écologistes et les plus vulnérables ex « gilets jaunes ». Après le climat social tendu du printemps 2020, on assiste à une union nationale pour la reconstruction, et à une structuration des solidarités, avec les grandes associations. La confiance en l’État revient. Retour d’un élan collectif.

Situation internationale : Union européenne renforcée, vers des coopérations internationales

Forte coordination des instances internationales, décisive pour la reprise économique dès début 2021. La BCE permet un financement monétaire transitoire direct des ménages et entreprises, sans création de dette en contrepartie, à l’instar du modèle US d’allocation directe aux  plus pauvres. La communauté européenne est renforcée à plus long terme.

Coordination des politiques monétaires, et essor de capacités régionales de production de tests, vaccins, etc. Des ponts alimentaires aériens ou maritimes visent à réapprovisionner les régions dont les importations ont été interrompues par la fermeture de frontières.

5. L’INÉVITABLE : « LE RETOUR DE FLAMME »

Scénario qui n’est pas incompatible avec les précédents mais serait plus marqué dans le cas où le confinement national serait maintenu longtemps. Il serait accentué si la surcharge des systèmes de soins perdurait. Il traite à moyen-long terme, des conséquences sur :

1) les pathologies non-Covid-19 non traitées pendant la crise, avec aggravation ensuite, et augmentation de la mortalité de celles-ci

2) les impacts physiques et psychologiques du confinement, avec des épisodes de stress post-traumatique, dépression ; hausse des addictions, etc.

3) les impacts de la surcharge sur le personnel soignant, burn-out, stress post-traumatique, ainsi que le risque élevé pour lui de tomber malade du Covid-19.

Ces phénomènes résultent de l’affaiblissement des services de santé du fait de l’épidémie.

Ils peuvent accentuer cet affaiblissement, alors que les pathologies, occultées par le Covid-19, se déclarent ou s’aggravent. Ils pourraient aussi participer à la dégradation du climat social.

Le sentiment d’abandon des soignants, les conduiraient à se mobiliser contre la gestion gouvernementale, soutenus par une partie de la population. Des procès seraient fait à l’État pour non-assistance à personne en danger, par exemple en raison des difficultés à avoir recours aux soins. L’impossibilité pour beaucoup de familles de faire un deuil convenable de leurs proches touchés par le Covid-19 crée une fracture sociale et psychologique de plus, entre ceux qui ont vécu cette situation et les autres. La forte dégradation psychologique affecterait en profondeur le tissu social, avec de plus en plus d’individus durablement touchés par les effets du confinement et donc désengagés de leurs activités sociales, professionnelles, associatives ou familiales.

L’actuelle crise sanitaire pourrait-elle avoir aussi du bon ?

L’actuelle crise sanitaire pourrait-elle avoir aussi du bon ?

La question de la surpopulation carcérale traditionnellement soulevée en France, vécue comme une fatalité vient de vivre une évolution surprenante.

Pensez-donc : le 9 Avril la Garde des Sceaux [1] a pu annoncer  que les prisons ne comptaient plus que 61.100 détenus soit 11.500 de moins qu’un mois avant ! Et ce nouveau chiffrage est égal au nombre de places théoriquement disponible. Du jamais vu depuis bien longtemps !

Bien sûr, ces données recouvrent des situations différenciées selon les établissements ; certains sont toujours en sureffectifs et l’objectif d’un encellulement individuel reste hors de portée la plupart du temps. Ceci alors même que la France vient d’être condamnée en janvier 2020 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour traitements inhumains et dégradants.

Ce désengorgement aura permis, déjà, du moins à ce jour, de contribuer à éviter une diffusion incontrôlée de la pandémie au sein du milieu carcéral, avec – il faut le rappeler malheureusement  – la décision de suppression provisoire des parloirs.

Alors comment un tel résultat a-t-il pu être obtenu ? Plusieurs facteurs ont joué et l’article du quotidien LE MONDE du 29 avril 2020 : « Cette crise nous apprend que la surpopulation carcérale n’est pas une fatalité » : 11 500 détenus de moins en six semaines… et après ? y revient : des mesures volontaristes prises par le Ministère de la Justice favorisant la sortie anticipée de détenus arrivés en fin de peine, un ralentissement de l’activité des juridictions lié aux suites de la crise sanitaire en cours, de même qu’une baisse importante des actes de délinquance du fait des mesures de confinement.

Comme on le voit dans l’article du MONDE, si cet évènement est salué par différents partenaires [2] et responsables, et s’ils s’accordent à souhaiter qu’il ne soit pas éphémère, les positions sont diverses quant à la probabilité de le voir se confirmer dans le temps, et notamment à l’issue du déconfinement, et sur les moyens d’y parvenir.


[1] Mesures pénitentaires au 9 avril 2020. Communiqué de presse Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice (téléchargeable)

[2] Baisse de la population carcérale : « On est sur un moment unique dont il faut profiter », par Flavie Rault sur France Inter

Lire l’article du quotidien LE MONDE

Les métiers au temps du corona

Les métiers au temps du corona

France Stratégie est une institution autonome placée auprès du Premier ministre et contribuant, par ses propositions, à l’action publique et éclaire le débat.

Elle réalise des études originales sur les grandes évolutions économiques et sociales, et les enjeux de soutenabilité.

Elle produit également des évaluations de politiques publiques à la demande du gouvernement.

La synthèse ci-dessous a été élaborée par Alain Chalochet
Présentation

À la mi-mars 2020, l’épidémie de Covid-19 a imposé un arrêt partiel ou total d’activités jugées « non essentielles », quand d’autres ont été mobilisées face à l’urgence.

Au-delà de sa dimension économique, la crise actuelle affecte les conditions de vie et les conditions de travail, renforçant des vulnérabilités existantes et en générant de nouvelles.

La note d’analyse, élaborée à partir de l’étude menée par France-Stratégie [i], propose une typologie inédite des « métiers dans la crise » en cinq groupes :

  • Les métiers qualifiés de « vulnérables de toujours » conjuguent difficulté à travailler à distance et statuts souvent précaires (1 sur 5 en CDD ou en intérim). Ce sont plus de 4 millions de travailleurs, surtout des hommes, artisans et ouvriers de l’industrie et du bâtiment, traditionnellement confrontés à des conditions de vie et de travail difficiles.
  • Les « nouveaux vulnérables » (4,3 millions) a­ffrontent une crise inédite liée à l’exercice même d’un métier en contact avec le public. Leurs activités sont ralenties, voire interdites, et leur statut les fragilise (31 % de contrats intermittents ou d’indépendants en solo). Pour certains, dans les transports, l’hôtellerie-restauration, les services aux particuliers, l’art, la culture, le sport, la vulnérabilité financière se double d’une incertitude sur l’avenir.
  • Les 10 millions de professionnels directement ou indirectement sur le « front » : des activités apparaissent tout à coup essentielles dans cette crise (les métiers de la santé, de l’éducation, de la propreté, de l’alimentaire et de sa distribution, et les professions régaliennes). Peu fragilisés économiquement, mais exposés à une vulnérabilité sanitaire par leur contact direct avec le public pour le plus grand nombre. Parmi les plus mal rémunérées, largement occupées par des femmes, ces professions sont exposées à une intensification du travail.
  • Les télétravailleurs sont exposés à un nouveau risque d’hyperconnectivité (près de 4 millions d’emplois). Avant tout des cadres, ils assurent, à distance, la continuité du travail et préparent la reprise d’activité. Ils voient leur charge mentale et les difficultés de conciliation avec la vie familiale renforcées par la crise.
  • Enfin, des professions intermédiaires ou d’employés qualifiés (4 millions), souvent en inactivité partielle, sont protégés du licenciement à court terme par leur statut. Mais leur difficulté à télétravailler les expose à des risques d’éloignement de la sphère professionnelle et de désocialisation.

INTRODUCTION

L’étude ne cherche pas à quantifier le nombre d’emplois perdus, de burn-out, d’impayés, d’inégalités. Mais à éclairer les vulnérabilités de ceux que la crise sanitaire et le confinement ont contraint à cesser, ralentir ou poursuivre leur activité. La courbe du ralentissement des activités est imprécise, mais les risques auxquels ils sont confrontés le sont moins, car ils étaient là avant le confinement et l’ampleur du choc va les aggraver.

Plusieurs lignes de fracture apparaissent.

  • D’abord entre ceux qui risquent de cesser de travailler parce que leur activité est fermée, leur contrat interrompu, leur trésorerie trop faible, et qu’ils ne peuvent exercer leur profession depuis leur domicile, et ceux qui continuent de travailler à domicile ou en présentiel.

Si pour les premiers, le risque économique est majeur, c’est pour les seconds les conditions de vie et de travail qui sont rendues plus difficiles par le confinement, avec la professionnalisation de leur sphère privée, parce qu’ils sont susceptibles de risques psychosociaux, que la crise accentue, ou à des risques sanitaires inédits.

  • Ensuite entre ceux dont les conditions de vie sont rendues difficiles, par la charge de leurs enfants, l’exiguïté de leurs logements, leur situation de handicap ou leur situation financière fragile, et ceux qui ont des conditions d’existence plus favorables. La vulnérabilité des conditions de vie a­ffecte ceux qui travaillent à leur domicile et est source de fragilité pour ceux qui continuent d’exercer leur profession à l’extérieur et pour ceux contraints à l’inactivité.
  • Enfin, parmi celles qui travaillent encore, les professions exposées à des conditions de travail difficiles, en contact direct avec le public et soumises à des horaires atypiques, à des postures physiques pénibles et à des risques psychosociaux, et  celles qui en sont prémunies.

Comment se précise ensuite une cartographie des vulnérabilités ? L’étude tente de définir des indicateurs de vulnérabilité économique, en conditions de vie et en conditions de travail pour chaque métier en opérant un croisement entre ces dimensions.


LES VULNÉRABILITÉS ÉCONOMIQUES, EN CONDITIONS DE VIE ET EN CONDITIONS DE TRAVAIL, SE COMBINENT DIFFÉREMMENT SELON LES MÉTIERS

Si le ralentissement est général, il n’a­ffecte pas tous les métiers de la même manière. L’arrêt plus ou moins étendu des activités se double de fragilités statutaires et professionnelles. Pour prendre en compte ces dimensions, les auteurs ont construit un indicateur de vulnérabilité économique de chaque métier fondé sur l’exposition au risque économique des secteurs d’activité concernés, la proportion de professionnels dans l’impossibilité de travailler à domicile, la fragilité des statuts des professionnels.

Une vulnérabilité économique marquée : statuts précaires, métiers exposés au risque d’arrêt d’activité

Les métiers les plus vulnérables au risque économique cumulent souvent une forte exposition à la cessation  d’activité et une fragilité statutaire. Leur activité a été interrompue du fait de la dangerosité des rassemblements qu’ils impliquent, leurs contrats de travail sont souvent intermittents ou ils sont nombreux à exercer en indépendants, en autoentrepreneur.

Ils ne peuvent pas exercer leur profession de leur domicile. Exemples : coi­ffeurs et esthéticiens, professionnels des arts et spectacles, marins, pêcheurs, employés de l’hôtellerie-restauration.

Les ouvriers de l’industrie vivent un ralentissement de l’activité et un fort risque de rupture d’approvisionnement, alors que leurs contrats, souvent à durée limitée, fragilisent leur emploi. Les employés de l’informatique et les ouvriers de la manutention sont moins  exposés  à la cessation d’activité mais ont une très grande fragilité statutaire.

Les employés de maison ont, à l’inverse, une très forte exposition sectorielle et une moindre fragilité statutaire.

Les métiers les moins vulnérables économiquement, professions médicosociales, de la fonction publique, de la banque-assurance. Mais certaines professions très préservées du risque économique ne travaillent pas nécessairement dans des activités essentielles : les cadres commerciaux, administratifs, peuvent exercer à domicile en télétravail, et sont protégés par des CDI.

A contrario, certaines professions sur le devant de la scène, caissiers, commerçants, agriculteurs ou maraîchers ne sont pas parmi les moins vulnérables, parce que soumises aux aléas des fermetures des commerces ou restaurants, ou du fait de statuts précaires.

Le travail des femmes rendu visible par la crise 

La crise rend visibles des métiers souvent mal considérés situés dans une sphère sociale (hôpitaux, justice, écoles, services d’assistance) soutenue par l’Etat-providence ; elle met également en lumière le travail des femmes, qui sont surreprésentées chez les enseignants, infirmiers et sages-femmes, aides-soignants, aides à domicile et assistantes maternelles, ou encore parmi les professionnels de l’action sociale. Elles sont aussi majoritaires dans des métiers d’employés et dans la sphère publique, mobilisés en cette période de crise et appelés à être en contact avec la population. Cette interaction sociale directe les expose au risque sanitaire.

Par ailleurs, certains de ces métiers ont en commun d’être peu rémunérés au regard de l’ensemble des salariés (salaire médian situé en dessous de celui de l’ensemble des salariés à temps complet : 1 800€ net/mois), d’où un sentiment d’absence de reconnaissance dans le travail. Exemples : aides-soignants, agents d’entretien,…. Les agriculteurs, les maraîchers et les métiers de bouche, composés d’hommes, affichent un niveau de rémunération également inférieur au salaire médian.

Une vulnérabilité de conditions de vie : familles – surtout monoparentales ‑ en 1ère ligne

Trois types de vulnérabilité sont abordés en conditions de vie :

  • vulnérabilité de conciliation vie familiale et vie professionnelle, pour les familles vivant en appartement dans les grandes villes
  • vulnérabilité financière pour les métiers à faibles revenus avec charges de loyer ou emprunts
  • vulnérabilité spécifique pour les personnes en situation de handicap.

Une vraie difficulté avec le travail en période de confinement : il faut s’occuper des enfants, assurer la continuité pédagogique avec l’Éducation nationale si on reste à la maison ou trouver un mode de garde si on travaille en présentiel. Toutes choses encore plus difficiles pour les familles monoparentales. Et on retrouve là les métiers féminins mal rémunérés sur le front du Covid-19 (aides-soignants, aide à domicile, caissiers, agents d’entretien).

En général, les métiers qui s’exercent surtout en présentiel sont mal rémunérés et la garde d’enfants redouble les inquiétudes financières en cas de d’arrêt ou de menace sur leurs activités.

Deux contraintes pour ceux qui poursuivent leur activité à domicile : la garde des enfants et la nature de leur logement (le type et le lieu d’habitation par rapport au travail).

Télétravailler confiné est plus difficile pour ceux qui vivent dans un appartement plus exigu de grande ville, et qui ont la charge d’enfant quand l’activité scolaire est suspendue.

Les concernés sont souvent des cadres, moins exposés au risque économique, mais soumis à l’impératif de conciliation entre vie familiale/vie professionnelle, et exposés à une intensité de travail, une hyperconnectivité et une charge mentale accentuées par le confinement.

Autre source de vulnérabilité, des contraintes financières différentes selon que l’on est propriétaire ou locataire (ou accédant à la propriété). De même, le niveau de rémunération initial renforce la vulnérabilité financière, puisqu’elle sert de salaire de référence pour le chômage partiel. Ceux-là exercent des métiers d’ouvriers et d’employés, souvent des métiers jeunes (militaires, policiers, pompiers, vendeurs ou serveurs, ouvriers peu qualifiés.

Cette contrainte financière est évidemment redoublée pour les métiers très aff­ectés par l’arrêt ou le ralentissement de l’activité, dans la restauration, l’industrie et les transports.

Enfin, les situations de handicap renforcent les contraintes, que les personnes puissent travailler à leur domicile, avec un emploi en présentiel ou en arrêt temporaire de leur activité. Or, les professions sont très inégales face aux risques de santé invalidants qui touchent davantage les ouvriers que les cols blancs.

La vulnérabilité des métiers au prisme des conditions de travail

Cette crise renforce-t-elle des situations préexistantes ou constitue-t-elle un temps d’arrêt ?

Trois grandes dimensions ressortent quant aux conditions de travail :

  • L’intensité de la charge mentale, avec le travail sous pression, l’absence de reconnaissance
  • L’intensité de la pression temporelle, les contraintes de rythme
  • Les contraintes et risques physiques, postures pénibles, port de charges lourdes ou exposition à un bruit intense. Ainsi que le type d’horaires : week-end, soir ou nuit.

Des contraintes de travail difficiles pour celles et ceux mobilisés durant la crise

Les métiers fortement mobilisés dans la crise sont souvent soumis à des conditions de travail difficiles. Infirmiers et sages-femmes, aides-soignants, métiers régaliens, professions de l’action sociale cumulent ainsi charge mentale et pression temporelle. Ils sont souvent directement en prise avec la crise sanitaire, et l’intensité du travail s’en trouve accentuée. Ils sont aussi soumis souvent à des horaires atypiques : gardes des personnels de santé, agents d’entretien en horaires décalés.

D’autres professions font fonctionner des commerces alimentaires, les caissiers ou gérants de petit commerce, qui travaillent souvent le week-end et en soirée. Au total, pour ces métiers, la situation actuelle peut accroître la vulnérabilité ; au surplus, les dispositions prises récemment rendent possible d’augmenter le temps de travail.

Les métiers de bouche et les métiers agricoles qui pourvoient aux besoins de première nécessité sont exposés à des contraintes physiques importantes.

Les professionnels de l’hôtellerie-restauration qui travaillent en horaires atypiques (week-end, soir et nuit) et sont en contact direct avec la population, seront parmi les professions les plus à risque au moment du déconfinement, tout comme les coiff­eurs et les esthéticiens.

QUELLES VULNÉRABILITÉS POUR QUELS MÉTIERS ?

Les vulnérables de toujours : les métiers ouvriers ou artisanaux déjà fragilisés sont très exposés économiquement dans la crise

Les ouvriers de l’industrie et du bâtiment, les marins, pêcheurs, aquaculteurs, les employés administratifs d’entreprise et les personnels de ménage, sont confrontés à un risque élevé de chômage dans la crise sanitaire (quoique bénéficiaires du dispositif de « chômage partiel »). Ils ont en commun une vulnérabilité économique d’hier et d’aujourd’hui, liée à plusieurs facteurs. Des statuts  plus précaires que pour la moyenne des emplois (près d’un sur cinq exerce en CDD ou en intérim). Une activité cyclique qui pâtit du ralentissement de leurs secteurs d’emploi. S’y ajoute l’impossibilité de travailler à domicile. Ils partagent encore une fragilité financière, avec des salaires médians inférieurs à la moyenne. Mais la fragilité est aussi d’ordre physique et psychologique, liée à leurs conditions de vie et de travail habituelles : 53 % d’entre eux présentent des risques physiques et 40 % sont soumis à des rythmes de travail intenses (contre 29 % et 37 % en moyenne).

Quant aux conditions de vie, ceux qui exercent ces métiers résident moins souvent en appartement, car leurs activités sont moins concentrées dans les grandes villes. Les professions les plus féminisées,  textile, ouvriers peu qualifiés des industries de process, personnels de ménage, agents administratifs d’entreprise comptent plus de familles monoparentales. La charge des enfants devient d’autant plus compliquée que l’emploi est mis en péril ou que le chômage partiel diminue des revenus faibles.

Les contraintes et risques physiques auxquels sont exposées ces ouvriers, artisans, pêcheurs, … ont déjà entraîné un handicap reconnu pour une partie d’entre eux. Tous sont soumis en temps normal à des rythmes de travail contraints. Certains travaillent en horaires atypiques, pour répondre aux besoins ininterrompus. La charge mentale liée à la crainte de perdre son emploi et à l’absence de reconnaissance est très présente dans certains de ces métiers qui cumulent vulnérabilités physiques, psycho-sociales et de conditions de vie ajoutées à un fort risque économique.

Les nouveaux vulnérables : les transports, la restauration, les services aux particuliers et la culture.

Les professions des transports et de l’entreposage, de l’hôtellerie-restauration, des services aux particuliers (coi­ffeurs, esthéticiens, …) et les professionnels des arts, spectacles, de la culture et du sport, dont l’emploi avait bien résisté, voire progressé ces dernières années, sont confrontés à une crise économique historique. Des métiers au contact de la population (4,3 millions d’emplois), très exposés au ralentissement ou à l’arrêt de leur activité. S’ils bénéficient du dispositif de « chômage partiel », leurs statuts les fragilisent : les contrats non permanents sont pour 20 % en moyenne de ces professions.

Comme les métiers « vulnérables de toujours », ils sont confrontés à des difficultés financières, avec un salaire médian de 1 550 euros mensuels, le plus faible de toutes les catégories de profession examinés. Ils sont en horaires atypiques : la moitié travaillent le week-end, contre 40 % des actifs. Leur vulnérabilité individuelle peut aff­ecter leur capacité de rebond, et les indépendants en solo sont nombreux : coi­ffeurs, esthéticiens, employés des services divers, patrons et cadres d’hôtels, cafés, restaurants, professionnels des arts et spectacles.

Les métiers de la manutention partagent avec les autres ouvriers une exposition aux risques physiques : ces risques occasionnent parfois des invalidités professionnelles, et on relève une reconnaissance de handicap supérieure à la moyenne des métiers.

Les professions féminisées (ouvriers peu qualifiés de la manutention, cuisiniers, serveurs, coiff­eurs et esthéticiens) présentent une plus forte occurrence de familles monoparentales. Ce sont également des métiers souvent soumis à des horaires atypiques et à une forte intensité du travail.

Plus exposés aux risques physiques, et plus vulnérables financièrement et en conditions de vie, ces métiers risquent de pâtir de la crise au-delà du confinement, malgré les mesures de soutien déployées, qu’il s’agisse du chômage partiel ou du fonds de solidarité pour les indépendants.

Les métiers « au front » dans la crise, entre risque sanitaire et intensification du travail

Les professions dont l’activité est maintenue, non soumises à fermeture ou jugées essentielles, sont en première ligne pour répondre à l’urgence sanitaire, aux besoins de première nécessité ou pour assurer les services publics. Ils sont 10,4 millions, peu vulnérables économiquement, exerçant les métiers de soins, d’éducation et de la propreté, les métiers régaliens (armée, police, pompiers), de la relation usager des services essentiels (caissiers, employés de la fonction publique) ou de l’agroalimentaire. Ces métiers en contact direct avec le public sont souvent soumis à un risque infectieux. Certains sont très exposés durant le confinement (soin, propreté, vente alimentaire), quand d’autres, dont l’activité est actuellement ralentie à distance, le seront avec le déconfinement (vente non alimentaire, enseignement, garde d’enfants, etc.). Cette singularité professionnelle risque d’aggraver des conditions de travail déjà jugées difficiles par certains professionnels, avec plus d’horaires atypiques que la moyenne et une charge mentale forte. Dans ces métiers féminins à 65 %, les parents isolés sont nombreux, d’où des difficultés à concilier la garde des enfants et un rythme de travail intense. Hormis les médecins, enseignants et métiers régaliens, ils ont en commun d’être rémunérés à un niveau proche ou inférieur au salaire médian (1 626 euros mensuels en moyenne).

Les métiers de soins et de la propreté (aides à domicile, assistantes maternelles et agents d’entretien) sont d’ores et déjà aux avant-postes pour gérer la crise sanitaire.

Chez les professionnels de santé (médecins, infirmiers et sages-femmes, aides-soignants, professions paramédicales), la charge mentale et la pression temporelle dues notamment à la réorganisation des services et à l’afflux de patients sont susceptibles de dégrader les conditions de travail à court terme. Ils travaillent plus fréquemment le week-end, le soir ou la nuit et sont davantage salariés en CDI ou exercent en libéral. Ces professions très féminisées sont davantage exercées par un parent isolé. Les métiers régaliens (armée, police et pompiers) sont prémunis du risque de perte d’emploi.

La crise actuelle expose également les métiers de la relation usager (catégorie C de la fonction publique, employés de services publics, professionnels de l’action sociale) ou de la relation commerciale (caissiers, employés de libre-service, vendeurs, gérants commerciaux). Ces professionnels sont pour partie déjà en contact avec le public ou le seront après le déconfinement.

Par ailleurs, malgré la fermeture de leur lieu de travail, les professionnels de l’enseignement et de la formation ont pu mettre en place des modes d’organisation du travail alternatifs pour assurer la continuité de leur activité. Le corps enseignant a adapté sa pratique pédagogique grâce à des dispositifs d’apprentissage à distance. Variable selon les établissements, cette évolution présente un risque d’accentuation des inégalités éducatives, et une difficulté supplémentaire pour les enseignants à la reprise des cours. La réouverture encadrée des écoles est susceptible de les rendre plus vulnérables au risque sanitaire. Ce même pour les assistantes maternelles dont l’activité a été ralentie.

Enfin, d’autres professionnels, qui n’ont pas été directement exposés au Covid-19 et qui ne le seront pas davantage avec le déconfinement, ont cependant vu leur travail s’intensifier pour répondre aux besoins de première nécessité. C’est le cas des métiers agricoles ou des métiers de bouche.

Des métiers de cadres confrontés à l’hyperconnectivité et à l’intensification du travail

En période de confinement, les cadres sont exposés à un risque économique faible : leur capacité à travailler à distance en mobilisant les outils numériques, et leur statut d’emploi leur permettent de continuer d’assurer leurs responsabilités professionnelles. Le télétravail des cadres peut être subi et, en ce sens, occasionner une réorganisation du travail. Les cadres peuvent être sollicités pour adapter l’organisation de l’entreprise aux mesures de confinement et faciliter ainsi la reprise d’activité : mise en place du télétravail, communication interne, mesures de sécurité et d’hygiène, etc. Ils sont un maillon intermédiaire dans l’organisation, dont le rôle est de déployer la stratégie de l’entreprise auprès de leurs équipes. Les cadres de l’industrie et du commerce préparent aujourd’hui les modalités de la reprise d’activité.

La difficulté d’organiser cet e­ffort collectif à distance et la tendance à l’hyperconnectivité pour répondre aux urgences exposent les cadres à une dégradation de leurs conditions de travail, aggravée par la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle. Or ces métiers ont déjà les plus fortes intensités de travail et de charge mentale en France.

Leur vulnérabilité pourrait s’accroître dans les prochains mois, compte tenu des difficultés économiques de leurs secteurs d’emploi. Ils seront en première ligne pour répondre aux incertitudes générées par la crise, et certains sont dans des secteurs d’activité très sensibles aux cycles. Si leur vulnérabilité est atténuée par leur statut et leur capacité à travailler à distance, les incertitudes sur le contexte économique en sortie de confinement font craindre à plus long terme pour leur emploi (bâtiment et travaux publics, ingénieurs, cadres de l’industrie).

Des métiers économiquement préservés mais parfois contraints à l’inactivité partielle

Certaines professions intermédiaires ou métiers d’employés qualifiés ne se retrouvent pas dans les groupes précédents. Ils ont un risque faible ou modéré de perte d’emploi, qu’ils soient en partie mobilisés dans la crise (professions intermédiaires de la fonction publique, employés et techniciens de banque et assurances), sont souvent en CDI, et protégés d’un licenciement à court terme.

Métiers jeunes de début de carrière, leur salaire médian est légèrement au-dessus du celui de l’ensemble des professions et ils travaillent moins à distance que les cadres, ce qui les contraint à l’inactivité. Exerçant des fonctions support ou de management intermédiaire, ils sont dépendants de leurs collectifs de travail. La dispersion de ces collectifs pendant le confinement porte en elle des risques d’éloignement de la sphère professionnelle et de désocialisation.

La reprise d’activité pourra être rendue moins aisée par l’autonomisation des collectifs de travail qui pourra nécessiter une adaptation des formes de soutien et d’encadrement. Le travail à distance et la mobilisation d’outils numériques pendant le confinement pourraient également imposer une mise à niveau des compétences numériques de ces métiers.

Ces catégories supportent des hétérogénéités au sein de chaque métier ; mais elles présentent des dominantes claires : les « vulnérables de toujours » et les « nouveaux vulnérables » totalisent 8,5 millions de personnes (32 % de l’emploi) et coïncident largement avec les salariés en chômage partiel (11,3 millions au 28 avril). En sortie de confinement, les premiers pourront reprendre leur activité mais seront exposés au risque de licenciement (difficulté de leur entreprise) ; la reprise d’activité des seconds sera durablement ralentie par les risques sanitaires accentuant leur fragilité économique.

La troisième catégorie, avec 10,4 millions de personnes et 39 % de l’emploi, regroupe l’essentiel des personnes qui travaillent encore en présentiel, mais pas uniquement (elle inclut les enseignants). Enfin, les deux dernières catégories regroupent beaucoup des personnes actuellement en télétravail.

CONCLUSION

La sortie du confinement et la transition, parfois longue, vers une reprise d’activité totale ou partielle, n’ont pas la même signification pour tous les métiers. Sans préjuger des décisions que prendront les branches professionnelles et les partenaires sociaux, ni des mesures en place ou qui seront prolongées pour préserver l’emploi des plus vulnérables, il est nécessaire d’attirer l’attention sur un traitement « différencié » des risques auxquels sont confrontés les métiers.

Certains professionnels ont besoin à la fois de prévenir leur vulnérabilité économique et financière, d’autres sont en risque d’inadaptation des compétences ou de désocialisation, d’autres encore sont vulnérables aux plans sanitaire et psychique. Le burn-out peut toucher des professions très qualifiées et très peu qualifiées qui ont affronté la crise sanitaire en présentiel au contact de l’épidémie ou à distance pour en gérer les conséquences et la reprise de l’activité.

Au-delà, il se pourrait que les mesures de confinement accélèrent des transformations organisationnelles et la diffusion de technologies numériques ; et des adaptations pour tenir compte des innovations, pour repositionner les tâches et les hiérarchies bouleversées par la distanciation sociale pourraient devenir nécessaires. La récurrence vraisemblable de crises majeures  de ce type imposera également des mesures durables d’hygiène et de sécurité qui transformeront les collectifs de travail et pourraient imposer de nouveaux modes de collaboration et d’organisation du travail.

[i] Etude complète disponible sur France Stratégie

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