Apprendre et subir à la fois… Combat d’une étudiante au cœur du virus

Apprendre et subir à la fois… Combat d’une étudiante au cœur du virus

Liminaire

Face à l’épidémie de Covid-19, plusieurs Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) ont été contraints au confinement de leurs résidents par crainte de la dissémination du virus dans cette population particulièrement à risque de formes graves voire mortelles (plus de la moitié des décès enregistrés en France l’ont été dans des EHPAD).

Cet isolement imposé aux résidents a été une décision souvent difficile à prendre pour les directeurs/directrices des EHPAD mais prise le plus souvent en accord avec les soignants et dans une démarche de bienveillance vis-à-vis des résidents. Comme toute décision restreignant les libertés, elle a aussi été contestée par des membres du personnel soignant de ces établissements et des familles et a été parfois vécue difficilement par de jeunes étudiants en santé découvrant la réalité de la grande dépendance dans ce contexte de confinement lié à l’épidémie.

Nous publions ci-dessous le témoignage que nous a adressé une élève infirmière.

Dans un EHPAD

Etudiante infirmière en fin de deuxième année, lors de mon dernier stage, en mars 2020, je me trouvais en renfort auprès d’un EHPAD qui était en sous-effectif à cause du manque de personnel en pleine période de pandémie, avec le Coronavirus.

Période particulière aux yeux de tous, avec de nombreuses incertitudes sur la manière de vivre au sein de l’EHPAD et des établissements de santé en général. Que ce soit du côté des soignants ou de celui des résidents, la confusion régnait.

Lorsque je suis arrivée, les résidents avaient encore la possibilité de manger ensemble dans la salle commune, participer à des activités en groupe ou bien de se balader où bon leur semblait dans l’établissement, seuls ou accompagnés. 

Le confinement

Alors que tout le monde avait l’habitude de vivre serein au sein de l’EHPAD, avec visite des amis, de la famille, ou sorties en dehors de l’établissement sans restriction particulière, l’annonce du confinement changea tout. La peur et l’angoisse des soignants face à ce changement, aux résultats positifs des tests qui tombaient les uns après les autres. Puis, celles des résidents qui apprenaient le décès de résidents, amis pour certains.

Il fallait instaurer de nouveaux protocoles et s’adapter avec le matériel mis à notre disposition (masques, charlottes, surchaussures, gants, blouses), une tenue inquiétante et inconnue pour beaucoup. Concernant les résidents, le choix a été d’interdire tous rassemblements de résidents et de les limiter à leurs étages respectifs afin d’éviter toute contamination et contacts.

Changements radicaux qui ont demandé une adaptation rapide pour le personnel de l’établissement aussi (toilette, repas, change, soins…). Pour ma part, je me suis sentie tout de suite impliquée malgré mes peurs, notamment celle d’être contaminée par le COVID sachant que ce virus est nouveau et que nous n’avons aucune information sur son évolution. Peur également d’être confrontée à la mort, car je n’ai pas eu de décès lors de mes stages précédents, voir la souffrance que cela pouvait engendrer chez les personnes de cet EHPAD, pour la plupart vulnérables. Cette sensation désagréable était présente bien évidemment, mais, le besoin de soutenir mes collègues et d’aider ces personnes atteintes par ce virus a été le plus fort. Un lien indescriptible c’est créé entre soignants, que nous soyons aides-soignants, infirmiers, ASH, médecin ou étudiants, nous étions soudés et sans distinction.

Une situation choquante

J’ai été confrontée à des situations qui m’ont particulièrement marquée lors de cette pandémie. Voyant les cas positifs augmenter de jour en jour et les décès aussi, sachant qu’il y en avait déjà à six, l’établissement décida cette fois-ci d’interdire aux résidents de sortir de leur chambre. C’est-à-dire de vivre dans une pièce de 15 m2 pour certains, 24h/24, ce qui implique de prendre chacun ses repas seul, de ne plus avoir aucune visite extérieure ou au sein même de l’établissement, si ce n’est le personnel soignant et ce, pour le strict minimum. Plus aucun lien social physique. La plupart des résidents sont atteints de démence plus ou moins avancée, et ce jour où la directrice nous a demandé d’enfermer à clef, dans leur chambre, les personnes atteintes de démence très avancée, m’a choquée.                             

Comment peut-on priver une personne de ces libertés ? Sur le moment, j’ai vécu cette situation comme de la maltraitance, une entrave à l’éthique. Lorsque je me rendais dans les chambres de ces résidents en entendant la clé dans la serrure et me voyant entrer, ils étaient prêts à m’accueillir. Puis tout à coup, la déception et la peur sur leur visage lorsqu’ils m’ont vue habillée de la tête aux pieds avec une combinaison, méconnaissable. Un regard vide, apeuré, avec un sentiment d’incompréhension et en même temps, comme une détresse, demandant de l’aide. Voilà ce que l’on me renvoyait.

J’avais l’impression d’être un monstre ou un imposteur, qui entrait juste pour nourrir et soigner une personne, moi qui aime tant le contact et les échanges avec les gens, je me suis senti si différente, triste, comme maltraitante, forcée de faire les choses contre ma volonté. Lorsqu’ils me posaient la question, en des moments de lucidité, du pourquoi ils étaient enfermés, je leur répondais, en les regardant, avec une voix douce et rassurante, que c’était pour leur sécurité et celle des autres, tout en essayant de leur expliquer le contexte actuel avec des mots simples. Sur le moment, ils paraissaient comprendre la situation et les protocoles mis en place, et acquiesçaient avec un sourire ou un signe de la tête, mais dès que je tournais les talons pour sortir de la chambre et que je refermais à clé, des pleurs retentissaient, ou quelquefois des cris de détresse ou de peur se faisaient entendre : « Au secours ! Laissez-moi sortir ! », « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? ».

Tristesse et impuissance

Et là, à chaque fois mon cœur se déchirait, un sentiment de tristesse, une envie de pleurer m’envahissaient, déstabilisée par ce que je venais de vivre. Une partie de moi se sentant coupable de ces actes, comme de la maltraitance envers ces personnes dont je suis censée être bienveillante, et d’un autre côté, j’essayais de me rassurer en me disant que c’était pour la bonne cause, que de toute façon c’était le protocole que l’établissement avait mis en place et que l’on devait suivre. J’avais cette envie de retourner les voir, cette envie de pouvoir leur tenir la main, m’assoir à leur côté et prendre le temps de discuter, mais non, impossible ! A chaque visite, je devais faire le strict minimum, sans montrer mes sentiments et tout en restant professionnelle.

Je me sentais impuissante, car j’étais incapable de répondre à la question qu’ils posaient presque tous : quand est-ce que tout cela sera terminé et quand pourrons-nous retrouver notre vie d’avant ? Je crois que le fait de ne pas pouvoir leur répondre comme je l’espérais, a été difficile pour moi car je ne leur donnais aucun brin d’espoir et je ne voulais pas communiquer de fausses informations car mentir n’était pas la bonne solution. J’essayais de les rassurer au mieux, en leur disant qu’ils n’étaient pas seuls, que nous étions là, mais au fond de moi j’avais une boule au ventre à chaque fois que je prononçais ces mots, car finalement, si, ils étaient bien seuls, enfermés dans leur chambre et ce n’était pas le peu de visites de notre part qui changerait les choses.

Fierté

J’ai dû endurer cela jusqu’à la fin de mon « stage », apprenant finalement le décès de 13 résidents, dont certains avaient préféré se laisser mourir, plutôt que de vivre cet enfer au quotidien. Le fait de savoir que ces personnes partaient seules, sans avoir pu parler ou voir une dernière fois un proche, avec une sépulture même plus digne de ce nom, m’a fait me rendre compte que ce virus a fait beaucoup de mal physiquement mais aussi psychologiquement, autant du côté des résidents que des familles, mais aussi des soignants.

Au cours de mon « stage », mais surtout après, je me suis remémorée tous ces instants et j’essayais de me mettre à la place de ces personnes que l’on enfermait contre leur gré, et en y repensant, je crois que la raison l’aurait emporté sur la volonté. Comment ne pas perdre encore plus la raison en étant seul et se sentant abandonné de tous ? Vivre cela, je m’en souviendrai toute ma vie, mais je suis fière d’avoir pu apporter mon soutien et mon aide, je n’en ressortirai que grandie.

Amandine Minacori, 30 juin 2020

Les mineurs non accompagnés

Les mineurs non accompagnés

Qui sont-ils ?

Ce sont de jeunes migrants, arrivés en France sans environnement familial (pour la définition légale : « mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille »). Il s’agit pour la quasi-totalité de jeunes hommes (à 95%) et leur âge est souvent incertain.

Leur nombre d’après Eurostat :

  • 8 054 arrivés en 2016
  • 14 908 en 2017
  • 17 022 en 2018
  • 16 760 en 2019

Leurs pays d’origine sont d’abord des pays d’Afrique de l’Ouest pour plus de 60%, puis des pays du Maghreb pour 10%. On relève une progression récente des jeunes de Bangladesh et du Pakist

Quel est leur statut en France ?

Une loi de 14 mars 2016 leur a reconnu les mêmes droits que tous les enfants présents sur le territoire national et ils relèvent donc de l’Aide sociale à l’Enfance. Un dispositif de répartition de ces jeunes entre les départements a été organisé afin de maintenir le principe de solidarité en compensant les éventuels déséquilibres et en prenant en compte les fragilités démographiques de certains départements. Le fondement de ce système réside dans le fait qu’il s’agit bien de mineurs (ce qui est parfois extrêmement difficile à établir) et qu’ils répondent aux conditions pour rentrer dans le dispositif. Des décrets successifs définissent les modalités d’évaluation des personnes se déclarant mineures et isolées.

De qui relèvent-ils ?

La mission Mineurs Non Accompagnés (MMNA) qui appartient à la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ), coordonne le dispositif national de mise à l’abri, d’évaluation et d’orientation des mineurs non accompagnés (MNA). La MMNA travaille à l’harmonisation des pratiques sur l’ensemble du territoire métropolitain, et exerce une mission de veille et de conseil auprès de ses différents interlocuteurs (conseils départementaux et les autres acteurs (juridictions, préfecture, éducation nationale, services de santé, ONG ou associations d’avocats).

Le financement de leur prise en charge

Le dernier régime de financement de la prise en charge des mineurs non accompagnés a été défini par un décret du 27 juin 2019 relatif à la participation forfaitaire de l’État à la phase de mise à l’abri et d’évaluation des personnes se déclarant mineures et privées temporairement ou définitivement de la protection de leur famille.

A partir du 1er janvier 2019, la compensation par l’État des dépenses engagées par les conseils départementaux se fait sur la base d’un forfait de 500€ par jeune évalué, et de 90€ par jour de mise à l’abri pendant 14 jours maximum, puis 20€ par jour pendant neuf jours maximum.

Un « guide de bonnes pratiques » en matière d’évaluation de la minorité et de l’isolement des personnes se MNA a été élaboré dans le cadre d’un groupe de travail rassemblant des représentants des ministères de la justice, des solidarités et de la santé, de l’intérieur, de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, de l’autorité judiciaire, des départements et du secteur associatif. Son objectif : améliorer et harmoniser les pratiques des conseils départementaux, et assurer une meilleure égalité de traitement sur le territoire.

C’est donc un outil pratique à leur disposition ainsi qu’à celle du secteur associatif, et des professionnels susceptibles d’avoir à connaître de la situation des personnes se présentant comme MNA : professionnels de l’aide sociale à l’enfance, de la protection judiciaire de la jeunesse, magistrats, professionnels de santé, professionnels mettant en œuvre les accueils de jour et mises à l’abri, ou encore agents de l’État dans le cadre du concours apporté par les préfets aux opérations d’évaluation.

Les difficultés rencontrées

État de saturation

De nombreux départements signalent l’état de saturation de leur dispositif de mise à l’abri de ces jeunes, qui peut entrainer des défaillances dans leur prise en charge, des tensions entre départements, et des recours contentieux pour les contraindre à cette prise en charge.

Age des personnes

L’appréciation de l’âge des personnes se déclarant mineures soulève relativement souvent des difficultés sérieuses.

A ce sujet, on note que le Défenseur des droits est régulièrement intervenu pour défendre les droits de mineurs non accompagnés. D’après son Rapport d’activité 2019 [1], les réclamations dont il a été saisi « illustrent combien ces enfants, dans une situation de particulière vulnérabilité liée à leur parcours d’exil et à la séparation de leur famille, peinent à se voir reconnaître un statut de sujet de droit par les autorités publiques. Ils sont trop souvent d’abord considérés comme des étrangers en situation irrégulière et non comme des mineurs à protéger». Dans ce contexte, il a contesté devant le Conseil d’État la légalité du fichier biométrique. Opposé au recours aux examens d’âge osseux, il a soutenu devant la Cour de cassation le renvoi d’une question préjudicielle de constitutionnalité, et le Conseil constitutionnel, saisi par la Cour de cassation, n’a émis aucune réserve sur la législation fondant les examens d’âge osseux, mais il a rappelé les garanties qui doivent les entourer.

Les mineurs non accompagnés impliqués dans les affaires pénales

Le nombre de MNA relevant du cadre pénal a augmenté ces dernières années; et ceux-ci, faute de domicile, de garantie de représentation, font alors souvent l’objet d’une  incarcération.

Les MNA pris en charge dans un cadre pénal présentent un état de santé physique et/ou psychique très dégradé (traumatismes, conduites addictives, maladies…), et on a relevé une recrudescence des actes auto-agressifs qu’ils commettent alors (automutilation, tentative de suicide, suicide…).

Ils n’ont pas de représentants légaux pour accomplir pour eux les démarches nécessaires à la vie quotidienne et nécessitant une capacité juridique (soins médicaux, inscription scolaire et insertion, demande d’asile…). Une note du 5 septembre 2018 rencontre des difficultés de mise en œuvre alors qu’elle prévoit que soit désigné un représentant légal, notamment quand les MNA sont incarcérés, afin de mieux accompagner la détention d’un jeune et de préparer sa sortie dans de meilleures conditions en amorçant, pendant leur détention, des démarches de soins, et en travaillant un projet de placement et d’insertion.

Les mineurs non accompagnés en errance

La situation des MNA en errance présents à Paris et dans d’autres grandes villes est pointée, en raison des troubles causés à l’ordre public qu’ils occasionnent.

Ces mineurs, souvent sans prise en charge au titre de la protection de l’enfance, vivent dans des conditions très dangereuses pour leur santé et leur sécurité. Ils portent parfois atteinte à l’ordre public, mais sont eux-mêmes victimes de violences et sous l’emprise de réseaux, parfois victimes de traite des êtres humains.

Des actions de coopération ont été engagées entre les ministères de la justice et de l’intérieur français et de certains autres pays. En parallèle, la DPJJ travaille sur des projets de prise en charge de ces mineurs alliant à la fois une approche éducative adaptée et une attention spécifique aux problématiques en matière de santé et notamment de toxicomanie.

Conclusion

A côté de certains progrès constatés au cours des dernières années dans la mise au point du système de prise en charge, le rapport de la mission se clôt sur l’indication qu’une « forme de découragement, voire de détresse de services et professionnels dont l’engagement n’est pas contesté est perceptible », ceci en raison des « situations de souffrance, d’extrême vulnérabilité, d’urgence sociale et humaine ainsi que les enjeux forts sur l’avenir des personnes qu’ils reçoivent quotidiennement ».

« Les mineurs non accompagnés, mineurs étrangers, mineurs migrants sont des enfants comme les autres. Notre attention à leur égard ne doit pas être défaillante au risque de voir durablement ébranlés les principes et fondements de non-discrimination, et de droit à la dignité auxquels nos institutions sont attachées. »


[1] www.defenseurdesdroits.fr

Source :

Rapport annuel d’activité 2019 Mission Mineurs non accompagnés

Les violences conjugales, une violence familiale

Les violences conjugales, une violence familiale

Voici un écho de la formation soutenue par la Fondation Après-Tout et œuvre des médiatrices du Centre de la Famille et de la Médiation à Lyon, en mars 2020. Il a été rédigé par Odile Nesta-Enzinger, psychologue clinicienne – Association  Passible – Grenoble – centre de soins de la violence conjugale et familiale – et Nelly Janin, psychologue et psychothérapeute adultes, enfants, couple et famille, Grenoble.

Aborder la question de la violence nécessite de s’interroger sur ce qui nous traverse lorsque nous sommes confrontés à celle-ci. Elle nous impacte et nos ressentis sont de l’ordre de l’impuissance, du découragement, de la peur…

Nous avons appris à transformer la violence qui est en nous, à nous protéger pour vivre avec elle.

Mais nous pouvons tous être happés par la fascination qu’elle exerce, alors qu’elle nous révulse (accidents de la route, thrillers…)

 En tant qu’intervenant, il nous faut élaborer une sensorialité à ce sujet car de notre perception vont naître des comportements – à l’image d’une pièce de théâtre.

La violence s’introduit dans la famille lorsqu’il n’y a pas ou plus de pensée

A l’origine, il y a toujours chez l’un et/ou l’autre des personnes un traumatisme infantile. Il peut s’agir de n’importe quel traumatisme chez l’auteur comme chez la victime (comme un décès dont l’enfant s’est senti responsable). Nous observons aussi des mécanismes de projection avec des liens vers la persécution, l’abandon, le rejet.

En entretien, laisser à chacun le temps de s’exprimer est essentiel : ce sont les zones non mentalisées qui posent problème. Notre écoute doit permettre de repérer comment est née la violence entre ces personnes, qui a dominé, qui a le sentiment d’avoir donné ou trop donné. Par ce récit, elles nous montrent un aspect d’elles, alors la « scène » change ou n’existe plus ; elles peuvent alors parler d’elles.

L’intervenant ne peut jamais comprendre l’alchimie d’un couple mais il peut travailler avec ce vécu. C’est à partir de ce que les victimes ont raconté de leur vécu que nous avons compris les auteurs de violence.

La violence se joue dans la sensorialité

Il nous faut interroger la peur, celle des personnes, la nôtre. Il est difficile de se représenter la peur de l’autre qui est dans une autre sphère. A-t-on peur pour soi ? Pour la personne ? Notre travail est de « détricoter » le problème de l’autre pour l’aider à se mettre à distance de sa réalité. En écoutant, il nous faut continuer à penser en ayant accès à des images différentes et à rester efficient.

C’est le plus souvent difficile pour une personne de dire qu’elle souffre. Elle préfère dire ce que l’autre lui a fait. Or, le travail thérapeutique commence lorsqu’une personne souffre de l’autre dont elle a peur alors que dans le vécu du traumatisme, elle est déconnectée.

C’est par ce ressenti de souffrance que la personne concernée évitera la reproduction de la violence. En effet, pour survivre à une agression, une victime peut devenir à son tour agresseur et pour se sentir moins fragile, créer une construction psychique. Si les mécanismes de protection sont très coûteux psychiquement et créent de la fragilité, ils peuvent aussi être travaillés.

Notre accompagnement

Notre accompagnement a pour objectif d’aider les personnes à savoir où elles en sont d’elles-mêmes, à clarifier leur pensée et à pouvoir décider.

L’intervenant est dans un double mouvement : s’intéresser à la violence actée et mener une réflexion sur ce qui amène à cette violence.

Il doit se dégager de la morale et observer.

Dans une scène traumatique, chacun se remet en jeu comme victime et auteur. Tous se trouvent à un moment donné dans un état dissocié : perdus, déshumanisés, les conjoints explosent d’eux-mêmes dans des états dissociatifs : il n’y a plus de parole mais seulement l’expression de leurs émotions, ils perdent le contact avec eux-mêmes. Dans un couple violent, se joue la survie de l’un ou de l’autre.

Dans les familles à transactions violentes, chaque enfant essaie de s’adapter à « l’inadaptable » et remplit un rôle soit d’identification à l’agresseur, soit à la victime. Il faut observer cet enfant-là face à nous, ses souffrances somatiques, psychiques, muettes, en trop ou en manque, souvent imprévisibles, souvent paradoxales. L’enfant n’est pas un témoin passif, il développe des stratégies. Plus il est petit, moins il a les moyens d’agir. Peurs, terreur, détresse, anxiété, colère, confusion, impuissance sont tout ce qu’il peut vivre. Pendant l’accalmie, il reste en alerte, perd de la disponibilité : l’hyper-vigilance est liée au calme avant la tempête.

Il vient « déranger » ses parents pour leur dire qu’il a besoin d’eux, besoin qu’ils soient parents. Au plan affectif, ces enfants anxieux, dépressifs, manquent de confiance en eux, ont un attachement insécurisé et une représentation d’un monde mauvais.

Comme arrêter « la machine conjugale » ? « Trop près, ils se violentent, trop loin, ils se perdent ». L’absence de capacité d’autonomie traduit des fragilités internes, un manque de confiance en soi et l’idée de « j’ai besoin de quelqu’un pour m’aider ».

Parce que la violence perdure si elle n’est pas traitée, on peut citer le rappel à la loi et l’obligation de soins.

Au début de la thérapie, les personnes reçues expriment que « le monde va mal », par la suite, elles disent « j’ai mal ».

Reconnaître aussi une victime comme actrice de son histoire, c’est lui rendre service, lui donner de la force car elle sera plus libre de son devenir quand elle ira mieux. Le cerveau est re-modelable, nous n’effaçons pas les cicatrices mais nous  pouvons changer le rapport à l’histoire.

« Ce serait bien que vous preniez soin de vous » est une invitation qui peut être entendue : depuis cette formation, en tant que médiateurs familiaux, nous orientons de manière plus adaptée les personnes vers un accompagnement thérapeutique dont nous connaissons mieux les objectifs. La compréhension des mécanismes de la violence intrafamiliale est aussi pour nous d’un apport essentiel, du fait de notre intervention dans les contextes de la séparation ou du divorce, qui sont de nature à renforcer ces mécanismes.

Pour aller plus loin

Film pédagogique « Tom et Léna » de 15mn – réalisé en 2015 par Johanna Bedeau – sur l’impact des violences au sein du couple sur les enfants ainsi que l’impact sur la parentalité 

https://www.dailymotion.com/video/x3efezd

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