Mois : septembre 2020

Les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19

Les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19

Après des articles tels que « L’épidémie de Covid-19 : un séisme sanitaire et systémique mondial » et « Les métiers du Corona », voici maintenant, publiée en juillet 2020, une synthèse de travaux sur les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19, réalisée par un groupe de travail lancé par la DREES[i] au début du confinement. Son mandat : réaliser une veille documentaire des conséquences de la crise sanitaire sur les systèmes de santé et de protection sociale. Le groupe a échangé sur ses lectures de la littérature scientifique internationale et française et d’articles de presse « de fond », complétées par des analyses statistiques sur les données françaises.

La littérature scientifique mettait déjà en évidence les inégalités sociales dans les épidémies passées, avec des facteurs souvent cumulatifs : inégalités face au risque d’exposition, vulnérabilité différenciée face à la maladie et les différences de prise en charge. Cette fois aussi des inégalités de santé sont vite apparues, mais s’y sont encore ajoutées les inégalités sociales face au confinement.

Des risques d’exposition au risque sanitaire cumulées pour certains

Le risque de contamination a été plus élevé dans les emplois au contact des malades, dans le secteur de la santé et l’action sociale, mais aussi dans l’industrie agroalimentaire, le commerce et l’industrie. Quand leur activité était maintenue, presque tous les ouvriers et les trois quarts des employés ont continué à travailler hors de chez eux, ce qui n’était le cas que d’un tiers des cadres, qui pouvaient souvent recourir au télétravail. Et ces ouvriers et employés habitant plus souvent en zone périurbaine, ils devaient se déplacer en transports en commun.

Par ailleurs, les conditions de vie et la promiscuité accentuent le risque de contamination pour ceux qui vivent dans des logements collectifs, en établissements fermés et dans des logements surpeuplés. Quant à l’accès aux mesures de protection, il dépend des conditions matérielles, mais aussi des comportements préventifs, dont la littérature montre bien qu’ils sont inégalement adoptés dans la population.

… un risque de développer une forme grave de la maladie accentué par un gradient social… 

Les premières analyses menées par la DREES montrent qu’au-delà du facteur lié à l’âge, les comorbidités sont inégalement réparties sur le territoire : dans les Hauts-de-France, la Normandie, le Grand-Est, la Réunion et la Corse, la population est plus atteinte par les pathologies susceptibles de mener à des formes graves de Covid-19. Les cadres, professions intermédiaires, agriculteurs apparaissent moins exposés que les employés et les ouvriers. Le cinquième de la population ayant les revenus les plus faibles a une fois et demie plus de risques d’avoir une de ces comorbidités (particulièrement l’obésité) que le cinquième de la population qui a les revenus les plus élevés. Les disparités territoriales de surmortalité révélées par l’Insee, indiquent d’abord que le Grand-Est et l’Île-de-France ont été les régions les plus touchées, mais aussi que l’excédent de mortalité n’est pas homogène à l’échelle infra-régionale (des excès de mortalités départementales plus élevés à Mayotte et en Seine Saint Denis), et même communales.

… Tous risques cumulés avec des inégalités sociales multiples face au confinement 

Les retards de prise en charge des soins urgents, observés durant le confinement au travers d’une chute du recours aux urgences pour des pathologies à risque vital (baisse de l’ordre de 40 % pour les cardiopathies ischémiques, près de 30 % pour les accidents vasculaires cérébraux) sont inquiétants, ainsi que les dépistages tardifs des cancers qui peuvent entraîner une perte de chance pour les patients. La prise en charge des pathologies chroniques et pédiatriques en ville s’est affaissée pendant le confinement (baisse de 40 % des consultations en médecine générale et de 50 % pour les spécialistes selon l’Assurance maladie, baisse de 50 % des consultations de suivi de maladies chroniques, suivi de grossesse et suivi pédiatrique pour près d’un généraliste sur deux selon le panel de la DREES). Des études seront nécessaires pour observer les effets à moyen terme. Les pathologies nécessitant des soins réguliers ou urgents sont elles-mêmes croisées par des inégalités sociales, et des populations moins favorisées ont pu pâtir davantage des difficultés de recours aux soins. 

Les expériences passées de quarantaine, comme les premières leçons du confinement pendant le Covid-19, décrivent des conséquences multiples sur la santé mentale. Le panel des médecins généralistes de la DREES fait état d’une augmentation des consultations pour santé mentale. Certaines enquêtes montrent un risque accru pour les personnes en isolement social. La littérature internationale invite d’ailleurs à porter l’attention sur les personnes isolées, âgées, les enfants et les personnes ayant des troubles psychiatriques préexistants, ainsi que pour les personnes aux conditions de vie les plus précaires et qui se sont le plus dégradées au cours de cette séquence (sans domicile notamment). 

Les conséquences économiques de la crise risquent de majorer les inégalités matérielles : certaines populations ont subi des baisses de revenus, associées à une hausse des dépenses, alimentaires souvent, seulement partiellement compensées par les aides publiques. D’après l’INED[ii], pendant le confinement, près de la moitié des ménages les plus modestes ont perdu des revenus, contre environ un quart des ménages aisés. Enfin, d’autres types d’inégalités sociales face au confinement commencent à être documentés : sécurité physique, continuité de l’accompagnement social, conditions de logement et isolement, accès au numérique et réussite éducative.

Le résultat : des populations particulièrement fragilisées

La crise sanitaire met en lumière l’importance et l’aspect multidimensionnel des inégalités existantes. Elle pointe les risques auxquels font face les populations les plus fragiles exposées à une « double » ou une « triple peine » face au Covid-19, souvent liée à l’impact du virus couplé à l’impact du confinement ; d’où la nécessité d’une vigilance accrue.  Certains travaux alertent aussi sur les inégalités de genre : majoritaires dans les métiers de la santé et du social, les femmes ont été en première ligne dans la réponse sanitaire à la crise ; elles ont supporté une charge plus élevée au sein des ménages, tout en étant plus exposées aux risques de violences conjugales. L’analyse territoriale révèle des processus de cumul : les populations des quartiers défavorisés présentent plus souvent des facteurs de risques face au coronavirus, sont plus souvent concernées par de mauvaises conditions de logement, ainsi que par le maintien d’une activité professionnelle qui suppose d’emprunter les transports en commun. Plus largement, la crise a touché différemment les populations urbaines et rurales. Enfin, au-delà des territoires, les lieux de vie distinguent nettement les populations et leur vulnérabilité face au coronavirus. Les personnes résidant en établissements médico-sociaux (en EHPAD, en situation de handicap ou de perte d’autonomie) cumulent un risque d’exposition élevé lié au lieu de vie et une dégradation de l’état de santé due à l’isolement. Les personnes en grande précarité, sans domicile, réfugiés et migrants notamment, cumulent forte insécurité sanitaire, liée au risque d’exposition au virus dans des structures d’accueil collectives,  difficultés d’accès aux soins et insécurité économique accrue par l’absence de moyens de subsistance liée à l’interruption de leur activité par le confinement et l’absence d’allocations sociales.


[i] DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. Ministère des Solidarités et de la Santé

[ii] INED : Institut national d’études démographiques

Source : Les Dossiers de la DREES, n° 62, DREES, juillet 2020

Apprendre et subir à la fois… Combat d’une étudiante au cœur du virus

Apprendre et subir à la fois… Combat d’une étudiante au cœur du virus

Liminaire

Face à l’épidémie de Covid-19, plusieurs Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) ont été contraints au confinement de leurs résidents par crainte de la dissémination du virus dans cette population particulièrement à risque de formes graves voire mortelles (plus de la moitié des décès enregistrés en France l’ont été dans des EHPAD).

Cet isolement imposé aux résidents a été une décision souvent difficile à prendre pour les directeurs/directrices des EHPAD mais prise le plus souvent en accord avec les soignants et dans une démarche de bienveillance vis-à-vis des résidents. Comme toute décision restreignant les libertés, elle a aussi été contestée par des membres du personnel soignant de ces établissements et des familles et a été parfois vécue difficilement par de jeunes étudiants en santé découvrant la réalité de la grande dépendance dans ce contexte de confinement lié à l’épidémie.

Nous publions ci-dessous le témoignage que nous a adressé une élève infirmière.

Dans un EHPAD

Etudiante infirmière en fin de deuxième année, lors de mon dernier stage, en mars 2020, je me trouvais en renfort auprès d’un EHPAD qui était en sous-effectif à cause du manque de personnel en pleine période de pandémie, avec le Coronavirus.

Période particulière aux yeux de tous, avec de nombreuses incertitudes sur la manière de vivre au sein de l’EHPAD et des établissements de santé en général. Que ce soit du côté des soignants ou de celui des résidents, la confusion régnait.

Lorsque je suis arrivée, les résidents avaient encore la possibilité de manger ensemble dans la salle commune, participer à des activités en groupe ou bien de se balader où bon leur semblait dans l’établissement, seuls ou accompagnés. 

Le confinement

Alors que tout le monde avait l’habitude de vivre serein au sein de l’EHPAD, avec visite des amis, de la famille, ou sorties en dehors de l’établissement sans restriction particulière, l’annonce du confinement changea tout. La peur et l’angoisse des soignants face à ce changement, aux résultats positifs des tests qui tombaient les uns après les autres. Puis, celles des résidents qui apprenaient le décès de résidents, amis pour certains.

Il fallait instaurer de nouveaux protocoles et s’adapter avec le matériel mis à notre disposition (masques, charlottes, surchaussures, gants, blouses), une tenue inquiétante et inconnue pour beaucoup. Concernant les résidents, le choix a été d’interdire tous rassemblements de résidents et de les limiter à leurs étages respectifs afin d’éviter toute contamination et contacts.

Changements radicaux qui ont demandé une adaptation rapide pour le personnel de l’établissement aussi (toilette, repas, change, soins…). Pour ma part, je me suis sentie tout de suite impliquée malgré mes peurs, notamment celle d’être contaminée par le COVID sachant que ce virus est nouveau et que nous n’avons aucune information sur son évolution. Peur également d’être confrontée à la mort, car je n’ai pas eu de décès lors de mes stages précédents, voir la souffrance que cela pouvait engendrer chez les personnes de cet EHPAD, pour la plupart vulnérables. Cette sensation désagréable était présente bien évidemment, mais, le besoin de soutenir mes collègues et d’aider ces personnes atteintes par ce virus a été le plus fort. Un lien indescriptible c’est créé entre soignants, que nous soyons aides-soignants, infirmiers, ASH, médecin ou étudiants, nous étions soudés et sans distinction.

Une situation choquante

J’ai été confrontée à des situations qui m’ont particulièrement marquée lors de cette pandémie. Voyant les cas positifs augmenter de jour en jour et les décès aussi, sachant qu’il y en avait déjà à six, l’établissement décida cette fois-ci d’interdire aux résidents de sortir de leur chambre. C’est-à-dire de vivre dans une pièce de 15 m2 pour certains, 24h/24, ce qui implique de prendre chacun ses repas seul, de ne plus avoir aucune visite extérieure ou au sein même de l’établissement, si ce n’est le personnel soignant et ce, pour le strict minimum. Plus aucun lien social physique. La plupart des résidents sont atteints de démence plus ou moins avancée, et ce jour où la directrice nous a demandé d’enfermer à clef, dans leur chambre, les personnes atteintes de démence très avancée, m’a choquée.                             

Comment peut-on priver une personne de ces libertés ? Sur le moment, j’ai vécu cette situation comme de la maltraitance, une entrave à l’éthique. Lorsque je me rendais dans les chambres de ces résidents en entendant la clé dans la serrure et me voyant entrer, ils étaient prêts à m’accueillir. Puis tout à coup, la déception et la peur sur leur visage lorsqu’ils m’ont vue habillée de la tête aux pieds avec une combinaison, méconnaissable. Un regard vide, apeuré, avec un sentiment d’incompréhension et en même temps, comme une détresse, demandant de l’aide. Voilà ce que l’on me renvoyait.

J’avais l’impression d’être un monstre ou un imposteur, qui entrait juste pour nourrir et soigner une personne, moi qui aime tant le contact et les échanges avec les gens, je me suis senti si différente, triste, comme maltraitante, forcée de faire les choses contre ma volonté. Lorsqu’ils me posaient la question, en des moments de lucidité, du pourquoi ils étaient enfermés, je leur répondais, en les regardant, avec une voix douce et rassurante, que c’était pour leur sécurité et celle des autres, tout en essayant de leur expliquer le contexte actuel avec des mots simples. Sur le moment, ils paraissaient comprendre la situation et les protocoles mis en place, et acquiesçaient avec un sourire ou un signe de la tête, mais dès que je tournais les talons pour sortir de la chambre et que je refermais à clé, des pleurs retentissaient, ou quelquefois des cris de détresse ou de peur se faisaient entendre : « Au secours ! Laissez-moi sortir ! », « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? ».

Tristesse et impuissance

Et là, à chaque fois mon cœur se déchirait, un sentiment de tristesse, une envie de pleurer m’envahissaient, déstabilisée par ce que je venais de vivre. Une partie de moi se sentant coupable de ces actes, comme de la maltraitance envers ces personnes dont je suis censée être bienveillante, et d’un autre côté, j’essayais de me rassurer en me disant que c’était pour la bonne cause, que de toute façon c’était le protocole que l’établissement avait mis en place et que l’on devait suivre. J’avais cette envie de retourner les voir, cette envie de pouvoir leur tenir la main, m’assoir à leur côté et prendre le temps de discuter, mais non, impossible ! A chaque visite, je devais faire le strict minimum, sans montrer mes sentiments et tout en restant professionnelle.

Je me sentais impuissante, car j’étais incapable de répondre à la question qu’ils posaient presque tous : quand est-ce que tout cela sera terminé et quand pourrons-nous retrouver notre vie d’avant ? Je crois que le fait de ne pas pouvoir leur répondre comme je l’espérais, a été difficile pour moi car je ne leur donnais aucun brin d’espoir et je ne voulais pas communiquer de fausses informations car mentir n’était pas la bonne solution. J’essayais de les rassurer au mieux, en leur disant qu’ils n’étaient pas seuls, que nous étions là, mais au fond de moi j’avais une boule au ventre à chaque fois que je prononçais ces mots, car finalement, si, ils étaient bien seuls, enfermés dans leur chambre et ce n’était pas le peu de visites de notre part qui changerait les choses.

Fierté

J’ai dû endurer cela jusqu’à la fin de mon « stage », apprenant finalement le décès de 13 résidents, dont certains avaient préféré se laisser mourir, plutôt que de vivre cet enfer au quotidien. Le fait de savoir que ces personnes partaient seules, sans avoir pu parler ou voir une dernière fois un proche, avec une sépulture même plus digne de ce nom, m’a fait me rendre compte que ce virus a fait beaucoup de mal physiquement mais aussi psychologiquement, autant du côté des résidents que des familles, mais aussi des soignants.

Au cours de mon « stage », mais surtout après, je me suis remémorée tous ces instants et j’essayais de me mettre à la place de ces personnes que l’on enfermait contre leur gré, et en y repensant, je crois que la raison l’aurait emporté sur la volonté. Comment ne pas perdre encore plus la raison en étant seul et se sentant abandonné de tous ? Vivre cela, je m’en souviendrai toute ma vie, mais je suis fière d’avoir pu apporter mon soutien et mon aide, je n’en ressortirai que grandie.

Amandine Minacori, 30 juin 2020

Les mineurs non accompagnés

Les mineurs non accompagnés

Qui sont-ils ?

Ce sont de jeunes migrants, arrivés en France sans environnement familial (pour la définition légale : « mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille »). Il s’agit pour la quasi-totalité de jeunes hommes (à 95%) et leur âge est souvent incertain.

Leur nombre d’après Eurostat :

  • 8 054 arrivés en 2016
  • 14 908 en 2017
  • 17 022 en 2018
  • 16 760 en 2019

Leurs pays d’origine sont d’abord des pays d’Afrique de l’Ouest pour plus de 60%, puis des pays du Maghreb pour 10%. On relève une progression récente des jeunes de Bangladesh et du Pakist

Quel est leur statut en France ?

Une loi de 14 mars 2016 leur a reconnu les mêmes droits que tous les enfants présents sur le territoire national et ils relèvent donc de l’Aide sociale à l’Enfance. Un dispositif de répartition de ces jeunes entre les départements a été organisé afin de maintenir le principe de solidarité en compensant les éventuels déséquilibres et en prenant en compte les fragilités démographiques de certains départements. Le fondement de ce système réside dans le fait qu’il s’agit bien de mineurs (ce qui est parfois extrêmement difficile à établir) et qu’ils répondent aux conditions pour rentrer dans le dispositif. Des décrets successifs définissent les modalités d’évaluation des personnes se déclarant mineures et isolées.

De qui relèvent-ils ?

La mission Mineurs Non Accompagnés (MMNA) qui appartient à la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ), coordonne le dispositif national de mise à l’abri, d’évaluation et d’orientation des mineurs non accompagnés (MNA). La MMNA travaille à l’harmonisation des pratiques sur l’ensemble du territoire métropolitain, et exerce une mission de veille et de conseil auprès de ses différents interlocuteurs (conseils départementaux et les autres acteurs (juridictions, préfecture, éducation nationale, services de santé, ONG ou associations d’avocats).

Le financement de leur prise en charge

Le dernier régime de financement de la prise en charge des mineurs non accompagnés a été défini par un décret du 27 juin 2019 relatif à la participation forfaitaire de l’État à la phase de mise à l’abri et d’évaluation des personnes se déclarant mineures et privées temporairement ou définitivement de la protection de leur famille.

A partir du 1er janvier 2019, la compensation par l’État des dépenses engagées par les conseils départementaux se fait sur la base d’un forfait de 500€ par jeune évalué, et de 90€ par jour de mise à l’abri pendant 14 jours maximum, puis 20€ par jour pendant neuf jours maximum.

Un « guide de bonnes pratiques » en matière d’évaluation de la minorité et de l’isolement des personnes se MNA a été élaboré dans le cadre d’un groupe de travail rassemblant des représentants des ministères de la justice, des solidarités et de la santé, de l’intérieur, de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, de l’autorité judiciaire, des départements et du secteur associatif. Son objectif : améliorer et harmoniser les pratiques des conseils départementaux, et assurer une meilleure égalité de traitement sur le territoire.

C’est donc un outil pratique à leur disposition ainsi qu’à celle du secteur associatif, et des professionnels susceptibles d’avoir à connaître de la situation des personnes se présentant comme MNA : professionnels de l’aide sociale à l’enfance, de la protection judiciaire de la jeunesse, magistrats, professionnels de santé, professionnels mettant en œuvre les accueils de jour et mises à l’abri, ou encore agents de l’État dans le cadre du concours apporté par les préfets aux opérations d’évaluation.

Les difficultés rencontrées

État de saturation

De nombreux départements signalent l’état de saturation de leur dispositif de mise à l’abri de ces jeunes, qui peut entrainer des défaillances dans leur prise en charge, des tensions entre départements, et des recours contentieux pour les contraindre à cette prise en charge.

Age des personnes

L’appréciation de l’âge des personnes se déclarant mineures soulève relativement souvent des difficultés sérieuses.

A ce sujet, on note que le Défenseur des droits est régulièrement intervenu pour défendre les droits de mineurs non accompagnés. D’après son Rapport d’activité 2019 [1], les réclamations dont il a été saisi « illustrent combien ces enfants, dans une situation de particulière vulnérabilité liée à leur parcours d’exil et à la séparation de leur famille, peinent à se voir reconnaître un statut de sujet de droit par les autorités publiques. Ils sont trop souvent d’abord considérés comme des étrangers en situation irrégulière et non comme des mineurs à protéger». Dans ce contexte, il a contesté devant le Conseil d’État la légalité du fichier biométrique. Opposé au recours aux examens d’âge osseux, il a soutenu devant la Cour de cassation le renvoi d’une question préjudicielle de constitutionnalité, et le Conseil constitutionnel, saisi par la Cour de cassation, n’a émis aucune réserve sur la législation fondant les examens d’âge osseux, mais il a rappelé les garanties qui doivent les entourer.

Les mineurs non accompagnés impliqués dans les affaires pénales

Le nombre de MNA relevant du cadre pénal a augmenté ces dernières années; et ceux-ci, faute de domicile, de garantie de représentation, font alors souvent l’objet d’une  incarcération.

Les MNA pris en charge dans un cadre pénal présentent un état de santé physique et/ou psychique très dégradé (traumatismes, conduites addictives, maladies…), et on a relevé une recrudescence des actes auto-agressifs qu’ils commettent alors (automutilation, tentative de suicide, suicide…).

Ils n’ont pas de représentants légaux pour accomplir pour eux les démarches nécessaires à la vie quotidienne et nécessitant une capacité juridique (soins médicaux, inscription scolaire et insertion, demande d’asile…). Une note du 5 septembre 2018 rencontre des difficultés de mise en œuvre alors qu’elle prévoit que soit désigné un représentant légal, notamment quand les MNA sont incarcérés, afin de mieux accompagner la détention d’un jeune et de préparer sa sortie dans de meilleures conditions en amorçant, pendant leur détention, des démarches de soins, et en travaillant un projet de placement et d’insertion.

Les mineurs non accompagnés en errance

La situation des MNA en errance présents à Paris et dans d’autres grandes villes est pointée, en raison des troubles causés à l’ordre public qu’ils occasionnent.

Ces mineurs, souvent sans prise en charge au titre de la protection de l’enfance, vivent dans des conditions très dangereuses pour leur santé et leur sécurité. Ils portent parfois atteinte à l’ordre public, mais sont eux-mêmes victimes de violences et sous l’emprise de réseaux, parfois victimes de traite des êtres humains.

Des actions de coopération ont été engagées entre les ministères de la justice et de l’intérieur français et de certains autres pays. En parallèle, la DPJJ travaille sur des projets de prise en charge de ces mineurs alliant à la fois une approche éducative adaptée et une attention spécifique aux problématiques en matière de santé et notamment de toxicomanie.

Conclusion

A côté de certains progrès constatés au cours des dernières années dans la mise au point du système de prise en charge, le rapport de la mission se clôt sur l’indication qu’une « forme de découragement, voire de détresse de services et professionnels dont l’engagement n’est pas contesté est perceptible », ceci en raison des « situations de souffrance, d’extrême vulnérabilité, d’urgence sociale et humaine ainsi que les enjeux forts sur l’avenir des personnes qu’ils reçoivent quotidiennement ».

« Les mineurs non accompagnés, mineurs étrangers, mineurs migrants sont des enfants comme les autres. Notre attention à leur égard ne doit pas être défaillante au risque de voir durablement ébranlés les principes et fondements de non-discrimination, et de droit à la dignité auxquels nos institutions sont attachées. »


[1] www.defenseurdesdroits.fr

Source :

Rapport annuel d’activité 2019 Mission Mineurs non accompagnés

Faire un don

Pour soutenir la mission de la Fondation, chaque don est essentiel

Déposer un dossier

Professionnels au service de l’humain, déposez votre demande d'aide

Fondation de France

La Fondation Après-Tout est placée sous l'égide de la Fondation de France