Covid-19 : quels scénarios à l’horizon fin 2021 ?

Covid-19 : quels scénarios à l’horizon fin 2021 ?

La diffusion du Coronavirus a ouvert une crise inédite et elle nous place tous devant des incertitudes, à court comme à plus long terme, sur le plan sanitaire d’abord, et par voie de conséquence sur les plans économique et social. Devant cet avenir incertain, l’association Futuribles a engagé depuis Mars dernier une réflexion prospective en cherchant à formuler des scenarios d’évolution possibles. Ce travail disponible intégralement sur www.futuribles.com a déjà fait l’objet de modifications au vu des évolutions constatées au plan sanitaire. Il est prévu que ce type de révision intervienne autant que de besoin, au fil du temps, et au gré des données nouvelles.

Il s’agit donc d’un document de travail

dont nous présentons la synthèse actuelle au 27 mai 2020.

1. LE PLUS PROBABLE : « SUR LE FIL DU RASOIR »

L’épidémie est contrôlée, des traitements sont mis au point et le vaccin arrive à la mi-2021... L’économie repart peu à peu, soutien aux secteurs stratégiques, fort chômage, climat social dégradé... Faible coordination internationale

Situation sanitaire

Contrôle relatif de l’épidémie dans la plupart des pays développés à l’été 2020, après un confinement desserré à mi-Mai avec des contraintes (port du masque, tests d’abord ciblés au printemps puis généralisés à l’automne, personnes symptomatiques confinées, de même que les populations fragiles, au moins jusqu’à l’hiver, déplacements très limités è progression du virus ralentie. Épidémie ralentie à l’automne.

En décembre 2020, des traitements mis à disposition. Mortalité plus faible qu’envisagé, mais importante, surtout chez les vulnérables (75 à 150 000 décès).  Vaccin au printemps ou été 2021.

Le système sanitaire, très ébranlé, se remet peu à peu. 

Situation socio-économique en France

Reprise très progressive des activités, en mode dégradé à partir de mi-Mai 2020.

Dettes fiscales, sociales considérables après 2 mois d’inactivité. Des faillites. Activités touristiques et associées en crise durable. Fin d’été 2020, chute du PIB de 12 %.

Choix pour l’État : arbitrer entre plus d’aides ou préserver un minimum d’équilibre financier. Le choc se reporte sur les ménages (1,5 M de chômeurs de plus en fin 2021 qu’au 1/01/2020, ou 12 % de la population active).

Politique d’austérité différenciée (investissement, soutien aux secteurs stratégiques, santé, agriculture, formation). Découplage entre les actifs sur-sollicités, et les inactifs, parfois en situation très fragile. Faute de formation, de soutien public fort, la main-d’œuvre inactive se réoriente peu vers les entreprises en demande. Revenus et consommation diminuent, même après confinement.

Rebond début 2021, mais insuffisant pour absorber la récession de 2020. Des retours épidémiques récurrents entrainent une activité économique en dents de scie. L’Outre-Mer, très touchée (Mayotte et La Réunion), vit une situation préoccupante. Climat social et politique dégradé, scandales sanitaires liés à la crise (les masques,…). Retour des tensions d’avant la crise, mais la situation économique limite le risque de grève et la situation sanitaire dissuade les grandes manifestations.

Situation européenne et internationale

Union européenne affaiblie ; l’émission d’euro-obligations a limité les dégâts mais l’Union est très affectée. Politique de coopération et d’investissement limitée à la seule zone euro.

Des pays émergents, africains, Inde, Asie du Sud-Est, Amérique du Sud…très touchés par l’épidémie. La crise sanitaire y perdure jusqu’à l’été 2021, quand des vaccins produits sont distribués (en quantité suffisante ?) ou grâce à une immunité de groupe. Chaînes d’approvisionnement alimentaire et dispositifs d’aide internationale rompus. Des pays grands producteurs de céréales ont supprimé les exportations ou mis des quotas. Frontières des pays développés fermées à toutes ces zones, excepté quelques échanges commerciaux vitaux.

2. « GRANDE DÉPRESSION »

L’épidémie n’est pas vraiment contrôlée, obtention de traitement et de vaccin fin 2021 seulement... L’économie tarde à repartir, secteurs en grosses difficultés, hausse des emplois précaires, mouvements sociaux, contestation des institutions... Crise financière internationale

Situation sanitaire

Epidémie mal  contrôlée, pas d’horizon de sortie de crise jusqu’à fin 2021.

Absence de traitements efficaces, et disponibilité de vaccins seulement après le 2ème semestre 2021 (les variantes du virus compliquent l’obtention d’une solution). Etat de risque permanent, maintien de restrictions, parfois mal tolérées, d’où des tensions dans les populations et les opérateurs économiques. Sans horizon de sortie d’épidémie, sans perspective sociale et économique, la crise s’approfondit dans les États les plus éprouvés.

Situation socio-économique en France

Impact sur l’économie en 2020 bien plus fort qu’anticipé (- 15 % du PIB), les ménages, prudents, reportent leur consommation. Des secteurs s’effondrent, hôtellerie, tourisme, restauration, culture, gros œuvre du bâtiment. Les incertitudes sur la situation sanitaire, la faible confiance des acteurs les uns envers les autres, et les efforts de reconstitution de trésorerie font que le rebond tarde. La croissance économique en 2021 reste faible (+ 7 % en 2021 du PIB par rapport à 2020, – 8 % par rapport à 2019). 2 à 3 millions de chômeurs de plus fin 2021 (15 % des actifs).

Hausse massive des emplois précaires. Les collectivités jouent un rôle important pour pallier les difficultés de l’État, d’où des situations économiques territoriales contrastées.

Les entreprises qui fonctionnent sont en forte pénurie de main-d’œuvre. Peu de forces vives dans certains secteurs (agriculture, soignants en crise) et absence de dispositif de formation et de recrutement efficace. L’État crée une Réserve citoyenne nationale obligatoire, en 2021. Les filières de production, approvisionnement, vente n’ont pas repris, des produits manquent. Rationnement sur des filières, pour anticiper les pénuries, dès fin 2020.

Contexte politique troublé à l’automne 2020. Les doutes sur l’anticipation et la gestion de la crise, entrainent de la défiance envers les institutions, qui doivent rendre des comptes.

Les soignants, et la première ligne, qui ont pâti des contrecoups du pic épidémique (burn-out, malades du Covid-19, etc.), manifestent. Mouvements sociaux constitués autour de plates-formes de revendications diverses. Actions menées au nom de la justice (environnementale, sociale, …), parfois en dépit des mesures sanitaires mises en place. Climat social effervescent.

Situation européenne et internationale

Crise systémique financière mondiale, repli sur la zone euro à l’automne 2020.

Crise importante du système financier, qui se propage depuis l’économie réelle, affecte l’épargne et la confiance. L’Union européenne est affaiblie, sans politique coordonnée. Dès l’automne 2020, un resserrage autour de la zone euro se fait sentir, laissant des pays à l’écart.

3. « VERS UN AGE OBSCUR : DISLOCATION SOCIALE, INSURRECTIONS ET MONDE BALKANISE »

La crise sanitaire s’installe dans la durée, pas de coordination internationale pour y faire face, retour du confinementChute durable du PIB, secteurs d’activité à l’arrêt, rationnement, graves tensions sociales, populismesCrise internationale majeure, instabilité politique, terrorisme

Situation sanitaire

Situation sanitaire mondiale catastrophique : la pandémie mondiale s’installe dans la durée.

Virus plus contagieux qu’estimé, immunisation individuelle brève en général. Difficile de trouver des traitements adaptés, pas de vaccin efficace à l’été 2021.

Pas de coopération internationale de gestion de crise. Au printemps 2021, 50 % à 70 % de la population mondiale touchée, mortalité importante, variable selon les politiques sanitaires.

En France : système sanitaire sous tension permanente, débordé jusqu’à fin 2021. Le confinement, interrompu le 11 mai, est remis en place un peu plus tard après un rebond (suite aux mouvements de personnes pour retrouver des proches). Nouvelle accalmie à fin juin, et 3ème vague août-sept. Nouveau confinement, mortalité à nouveau forte, des résistances sociales s’accroissent, le système sanitaire s’affaiblit. La France peut connaître jusqu’à 300 000 décès de mars 2020 et décembre 2021.

Situation socio-économique en France

Économie de rationnement et de réquisition dans un climat insurrectionnel en 2021

Le maintien du confinement a des conséquences psychosociales : troubles psychologiques, violences domestiques, cohésion et confiance en l’autorité en baisse, troubles, non-respect des consignes.

Conséquences économiques catastrophiques : chute violente du PIB (jusqu’à – 15 % sur l’année). En 2021, croissance atone, avec forte baisse de consommation des ménages, et des faillites. Des pans entiers de l’économie sont à l’arrêt. L’Etat nationalise des entreprises clefs, met en place des réquisitions, des bons de rationnement. Institution d’un revenu minimum universel au 2ème semestre 2021, filet de sécurité plus que réelle ambition sociale. Travail au noir, réseaux de solidarité locaux et circuits courts se développent.

Cohésion sociale nettement dégradée. En parallèle, montée de mouvements populistes.

En réponse, en 2021, le gouvernement renforce des mesures mises en œuvre pendant la crise sanitaire (recours au traçage numérique), et glissement vers des politiques de plus en plus sévères.

Situation internationale : crise économique majeure, dans un monde balkanisé et fracturé

Crise économique systémique majeure qui disloque le système financier. Union européenne dépassée, incapable de répondre aux intérêts divergents des États. Pas de reprise normale des flux de marchandises ou de personnes d’ici fin 2021. Frontières toujours fermées, malgré les pressions migratoires depuis les pays en développement. Les crises sanitaires, économiques, politiques et sociales se multiplient dans les pays déjà précaires avant la crise. Coups d’État. Insécurité alimentaire et physique ; des groupes mafieux, terroristes en profitent pour s’étendre. Les ONG internationales sont démunies (pas d’aide, pas de ressources humaines).

4. « COHÉSION INTERNATIONALE, PANDÉMIE MAITRISÉE, NEW GREEN DEAL EUROPÉEN »

Épidémie contrôlée, coopération internationale, traitements disponibles et vaccin à l’été 21… Casse économique limitée, hausse du chômage, relance en 2021 avec la mobilisation de tous les acteurs, climat social qui se détend en parallèleForte coordination économique international y compris au profit des pays pauvres

Situation sanitaire

Confinement assoupli en mai, pandémie contrôlée à l’automne 2020 grâce à des traitements efficaces et des tests systématiques, et surtout à la coopération internationale. Outils de suivi et de confinement des foyers concernés. Les conséquences psychologiques et physiques de la quarantaine restent modérées. 

Débordements du système sanitaire mais localisés, entraide entre régions pour soulager les soignants. L’épidémie est contenue dans les pays développés à la fin de l’été 2020, avec plusieurs pics régionaux, jusqu’au vaccin, et peu à peu  ralentie au début 2021 dans les pays émergents.

Diffusion mondiale du vaccin à l’été 2021. La mortalité s’avère bien plus modérée que prévu (moins de 1 % des cas identifiés). En France, nombre de décès tout de même entre 60 000 et 100 000.

Situation socio-économique en France

Casse limitée, relance en 2021 avec une économie verte raisonnée et renouveau des solidarités nationales. L’impact économique reste important : chute du PIB de 8 % en 2020 et reprise en 2021 de seulement + 4,5 %. Le nombre de chômeurs augmente (+ 1 million fin 2021, comparé au 1-01-2020, 11 % environ de la population active), surtout dans les secteurs tourisme, hôtellerie, restauration, transports…). Nationalisations décidées face à l’effondrement d’entreprises. Les achats jusque-là reportés ont lieu, ce qui modère la crise. De nouveaux services et pratiques de consommation (e-commerce…) se développent.

État, régions et acteurs locaux mobilisés pour que la relance ne se fasse pas au détriment de la transition écologique, car la pandémie a mis en lumière les faiblesses du capitalisme mondialisé, et les risques des dynamiques non durables pour les écosystèmes et les ressources. Des mesures de relance sont ciblées sur les précaires, ou sur la transition écologique, ce qui apaise les écologistes et les plus vulnérables ex « gilets jaunes ». Après le climat social tendu du printemps 2020, on assiste à une union nationale pour la reconstruction, et à une structuration des solidarités, avec les grandes associations. La confiance en l’État revient. Retour d’un élan collectif.

Situation internationale : Union européenne renforcée, vers des coopérations internationales

Forte coordination des instances internationales, décisive pour la reprise économique dès début 2021. La BCE permet un financement monétaire transitoire direct des ménages et entreprises, sans création de dette en contrepartie, à l’instar du modèle US d’allocation directe aux  plus pauvres. La communauté européenne est renforcée à plus long terme.

Coordination des politiques monétaires, et essor de capacités régionales de production de tests, vaccins, etc. Des ponts alimentaires aériens ou maritimes visent à réapprovisionner les régions dont les importations ont été interrompues par la fermeture de frontières.

5. L’INÉVITABLE : « LE RETOUR DE FLAMME »

Scénario qui n’est pas incompatible avec les précédents mais serait plus marqué dans le cas où le confinement national serait maintenu longtemps. Il serait accentué si la surcharge des systèmes de soins perdurait. Il traite à moyen-long terme, des conséquences sur :

1) les pathologies non-Covid-19 non traitées pendant la crise, avec aggravation ensuite, et augmentation de la mortalité de celles-ci

2) les impacts physiques et psychologiques du confinement, avec des épisodes de stress post-traumatique, dépression ; hausse des addictions, etc.

3) les impacts de la surcharge sur le personnel soignant, burn-out, stress post-traumatique, ainsi que le risque élevé pour lui de tomber malade du Covid-19.

Ces phénomènes résultent de l’affaiblissement des services de santé du fait de l’épidémie.

Ils peuvent accentuer cet affaiblissement, alors que les pathologies, occultées par le Covid-19, se déclarent ou s’aggravent. Ils pourraient aussi participer à la dégradation du climat social.

Le sentiment d’abandon des soignants, les conduiraient à se mobiliser contre la gestion gouvernementale, soutenus par une partie de la population. Des procès seraient fait à l’État pour non-assistance à personne en danger, par exemple en raison des difficultés à avoir recours aux soins. L’impossibilité pour beaucoup de familles de faire un deuil convenable de leurs proches touchés par le Covid-19 crée une fracture sociale et psychologique de plus, entre ceux qui ont vécu cette situation et les autres. La forte dégradation psychologique affecterait en profondeur le tissu social, avec de plus en plus d’individus durablement touchés par les effets du confinement et donc désengagés de leurs activités sociales, professionnelles, associatives ou familiales.

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